Honneur à notre élue (Marie NDiaye / Frédéric Bélier-Garcia)
L’ élue est un modèle d’intégrité. Le spectacle ne la présente d’abord qu’indirectement. L’une de ses nouvelles recrues fait un éloge maladroit de l’opposition, provoquant l’ire des fidèles, incapables de remettre en cause la dévotion qu’ils nourrissent pour l’élue. Ce terme ne désigne pas seulement la femme victorieuse – avec une grande avance – des élections. Il s’agit du choix du cœur, de l’incarnation de la générosité. Devant sa probe intégrité, même l’opposant est désemparé, intérieurement partagé entre sa nécessaire rivalité et l’amour impérieux, viscéral, de son ennemie.
Le texte de Marie Ndiaye est puissant, constamment ironique : il sait explorer avec candeur et ferveur les registres variés de la psychologie intime et de la moralité publique. Il explore une énigme qu’il ne résout pas : à terme, le propos reste ouvert, dépourvu de sentence.
On assiste à une représentation fluide et efficace. Les acteurs habitent leur rôle avec justesse, bien emmenés par les personnalités d’Isabelle Carré et de Patrick Chesnais. La mise en scène sait jouer, grâce à la vidéo, de la multiplicité des points de vue, juxtaposant ainsi la figure de l’opposant face à nous, à la tribune et celle de son image projetée en grand format en fond de scène, comme dans les meetings, et celle qu’on voit dans le téléviseur du salon. On assiste parfois à de rapides changements d’ambiance. Pourtant, le propos est tendanciellement empreint d’un tour intimiste. L’auteure a fait le choix d’explorer le biais sacrificiel de l’élue, à travers l’exposition redondante de la mise en difficulté de sa vie familiale.
C’est peut-être un tort de s’en tenir là. On assiste peu à la manifestation publique du dénigrement. On ne sait rien de la vulnérabilité de l’élue, qui se contente d’en afficher le principe. On n’est donc pas en mesure d’apprécier l’efficace de la machination. La (dé)monstration de l’insuffisance de la vertu à elle-même est donc incomplète. Parce qu’il y manque quelques angles d’approche, le spectacle est paradoxalement réussi mais inaccompli.
christophe giolito
Honneur à notre élue
de Marie NDiaye
Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia
Crédit photo : Giovanni Cittadini Cesi
Avec : Isabelle Carré, Patrick Chesnais, Jean-Charles Clichet, Claire Cochez, Romain Cottard, Jan Hammenecker, Jean-Paul Muel, Chantal Neuwirth, Agnès Pontier, Christelle Tual et : deux enfants.
Avec les voix de : Sarah-Jane Sauvegrain, Sébastien Eveno, David Migeot
Avec les images du chœur dirigé par Christine Morel – Conservatoire à rayonnement régional d’Angers
Collaboration artistique : Caroline Gonce
Scénographie : Chantal Thomas
Lumière : Roberto Venturi
Son et création musicale : Sébastien Trouvé
Vidéo : Pierre Nouvel
Costumes : Pauline Kieffer
Assistée de : Camille Pénager
Maquillage et coiffure : Catherine Nicolas
Régie et artistes de complément : Jean-Christophe Bellier, Sacha Estandié
Au Théâtre du Rond-Point, 2bis avenue Franklin D. Roosevelt Paris 8e
01 44 95 98 00 contact.billetterie@theatredurondpoint.fr
Du 1er au 26 mars 2017 Salle Renaud-Barrault – durée 1h40
Horaires : du mardi au samedi, 21h, dimanche 15h, relâche les lundis et le 5 mars
Production Le Quai – Centre dramatique national / Angers – Pays de la Loire, ce texte est une commande d’écriture du Deutsches SchauSpielHaus / Hamburg et du Quai – Centre dramatique national / Angers – Pays de la Loire à Marie NDiaye, création internationale le 1er février 2017 au Quai – Centre dramatique national / Angers – Pays de la Loire
