Hannelore Cayre, Toiles de maître
Deuxième des somptueuses aventures de l’avocat Leibowitz.
Second roman mettant en scène l’avocat Christophe Leibowitz. On l’avait quitté, dans Commis d’office, entraîné dans un plan foireux, où il devait remplacer un truand en prison, après avoir arpenté le palais de Justice, en long, en large et en travers, accompagné de petits malfrats sans le sou, ou d’affaires aussi scabreuses qu’effarantes.
On le retrouve de retour à des affaires qu’il veut courantes. Nanti d’un compte en banque alourdi de 1.500.000 €, il se décide à reprendre en main, après des mois passés à boire, de nouveaux clients. Pour cela, il s’installe, reprend la bibliothèque d’un avocat décédé, et sa boîte à chaussures pleine de courrier – chez Bertrand, son collègue et ami. Deux affaires lui sautent aux yeux, et surtout, sont suffisamment récentes pour qu’il puisse les prendre en charge. Celle d’un frère, Choukri, qu’il connaît bien, et dont il a constaté, déjà, le côté psychopathe de l’individu. Et celle de Lazare, un vieux facho en phase terminale d’un cancer, et qui souhaite recouvrer sa liberté. Après tout, Papon y a bien eu le droit.
Tout ça serait parfait sans Marie-France et les Choukri. Marie-France est inspectrice des impôts, et elle impose un contrôle fiscal à Leibowitz. Et la cause en est un casse réalisé par Aziz Choukri chez Le Pelletier-Pouchard, un avocat influent. Pourquoi un tel acharnement ? Pour retrouver, officiellement, sept toiles de maîtres qu’Aziz a escamotées. Le problème est que Leibowitz en retrouve huit dans un garage. Et que la huitième, il en tombe amoureux. Une toile d’Egon Schiele, représentant Emma assise, la jupe légèrement remontée, laissant voir la naissance du petit triangle nostalgique, légèrement duveté et roux. Cette toile, Leibowitz a beau se décarcasser, et acheter un livre sur Egon Schiele, il n’en retrouve pas la moindre trace. Et pendant ce temps là, le sort s’acharne sur la famille Choukri. Donc sur Leibowitz. Car Aziz commence à monter sur ses ergots.
Pendant ce temps, le messie semble s’appeler Lazare. Le vieux facho est sympathique. Ou sait noyer le poisson. Et il semblerait qu’il puisse aider Leibowitz. Mais quand ce dernier en a vraiment besoin, Lazare a pris la poudre d’escampette. Et c’est bien dommage car le clan Choukri a mis le feu aux poudres. Bref, Leibowitz est dans la panade.
Il y a, chez Hannelore Cayre, un je ne sais quoi qui la place au-dessus du lot. Comme chez Jerome Charyn, on a un univers bien établi et complètement déjanté – tellement, qu’il n’en est que plus crédible, avec des personnages à la fois pensés et qui se fondent dans le décor. L’écriture, facile et à l’esprit caustique est jouissive. Avec un style sobre et aéré, Hannelore Cayre propose un texte court, comme Commis d’office, qui se lit d’une traite (d’ailleurs comment faire autrement, tant il est difficile de se dire « Je reprendrai plus tard… ») et qui surprend énormément. En effet, alors que toutes les mésaventures de Leibowitz, ressemblent à une farce monumentale, alors qu’on atteint le paroxysme de l’ubuesque, Hannelore Cayre transforme son récit comme seuls savent le faire les grands écrivains. Vivement un troisième « Leibowitz » !
julien védrenne
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Hannelore Cayre, Toiles de maître, Métailié coll. « Suite française » (vol. n° 110), septembre 2005, 159 p. – 7,50 €. |

One thought on “Hannelore Cayre, Toiles de maître”
enfin!! Quelque chose de réjouissant, dans ce gros tas de merdouilles littéraires, ou je m’ennuie, qui me font bien sentir que je suis obsolète et définitivement vouée au néant de ma médiocre existence, voilà une délicieuse bouffée d’air bien charge d’un cynisme jubilatoire, de vérités qui grattouillent là ou ça ronronne, pour m’arracher un sourire, tu peux te brosser,en général, mais là, ça fait du bien,je suis enfin sur la même vibe que quelqu’un d’autre,c’est cool,du coup je lis tout ce qui est paru,et wow,c’est bien ma came cet écrivain !!