Gwenaël Bulteau, Malheur aux vaincus

Gwenaël Bulteau, Malheur aux vaincus

Gwenaël Bulteau s’est révélé au grand public avec Encore une victoire de la police moderne !, un texte couronné par le Prix de la nouvelle décerné par Les Quais du Polar en 2017. C’est cette année-là qui voit la fin du célèbre 36 quai des Orfèvres. L’auteur rendait hommage au mythique édifice et nous transportait en 1913, le jour de l’inauguration du bâtiment.
Depuis, il continue d’explorer des volets de cette Troisième République avec La république des faibles et Le Grand Soir (10/18 – 2022 et 2023).

René Josse travaille à la mine depuis l’âge de douze ans. Son avenir est bouché. La rencontre avec Hélène est déterminante car elle le mène en prison pour trois mois. Puis, comme il est bon pour le service, il est affecté, en tant que forte tête, aux bataillons d’Afrique. Ce sont alors, pour le dresser, les humiliations, les tortures, que réservent les autorités militaires aux rebelles.
À Alger, le lieutenant Julien Koestler se retrouve chargé d’une affaire difficile. Deux disciplinaires du pénitencier de Bab-el-Oued se sont enfuis laissant derrière eux six cadavres dont deux richissimes colons, Arthur Wandell, le fils aîné d’un magnat de la finance, et son épouse.

Parallèlement, c’est le récit de la conquête coloniale de l’Afrique centrale par la colonne des capitaines Voulet et Chanoine. Ceux-ci, pour compenser les faibles moyens que le gouvernement leur a alloués, applique la méthode la plus efficace à leurs yeux, inspirer la terreur. Et tous les moyens sont bons.
Mais quels seraient les liens entre cette conquête et ces meurtres ? Dans Alger en ébullition, à travers les ruelles grouillantes, Koestler doit faire preuve de courage et de détermination car il navigue entre tensions raciales, corruption et secrets d’État…

Avec ce nouveau roman, l’auteur installe son cadre dans l’Algérie coloniale de l’année 1900. Les suites de l’affaire Dreyfus sont toujours présentes et divisent la population des colons français. Le mouvement anti-dreyfusard est actif, sous la pression d’un responsable local et d’une certaine presse. C’est aussi la description de toute une population d’origine alsacienne, des refugiés de la guerre de 1870, à qui on a promis l’Eldorado en Algérie. Il met en scène des groupes d’autochtones qui veulent subsister et s’organisent pour le faire.
Une partie importante du récit est consacrée à cette hallucinante expédition pour coloniser des territoires d’Afrique noire et la description des principaux acteurs de cette sauvagerie. Le parcours des protagonistes se suit avec intérêt car le romancier ne les présente pas de façon dichotomique, chacun étant tiraillé entre le devoir et le quotidien.

Gwenaël Bulteau maîtrise avec brio l’art de mêler l’histoire et la criminalité, d’éclairer, à travers le filtre d’une fiction, des zones bien ténébreuses du passé. Il signe à nouveau une intrigue captivante et porte un regard perçant, sans complaisance, sur une époque quelque peu magnifiée.

Gwenaël Bulteau, Malheur aux vaincus, Éditions 10/18 n° 6 070, coll. Polar, mai 2025, 312 p. – 9,20 €.

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