Gabriele Gentile, La conscience de zéro
Tabula rasa
Le projet “La conscience de zéro de Gabriele Gentile s’inspire librement du dernier paragraphe du roman La coscienza di Zeno d’Italo Svevo, publié en 1923 et encore – comme tous les classiques – d’une actualité brûlante. En conséquence, l’auteure a rapproché photographie et écriture, unies par leur double valeur temporelle : l’immédiateté et l’éternité.
La photographe prolonge sa recherche dans la lignée de l’absence de la figure humaine représentée ici par des traces de plus en plus imperceptibles, jusqu’à transformer cette absence en un manque réel. Cette expérimentation s’inscrit pour la première fois dans le genre du paysage urbain marginal. Elle illustre conceptuellement l’ancienne étymologie indo-européenne du mot « paysage » issu de « pak » qui signifie ensevelir et cultiver. Il se déploie ici dans un espace de plus en plus dépouillé et aérien, réunissant terre et ciel dans leur virginité, comme un nouveau point de départ.
Selon Gabriele Gentile, la terre retrouve sa santé, en se débarrassant de sa part malade pour repartir de zéro, et conquérir cette la paix dégagée de la destruction : « Peut-être qu’à travers une catastrophe inouïe provoquée par les engins, nous reviendrons à la santé. (…) Un homme volera, les explosifs actuellement existants paraîtront de presque innocents jouets. Il descendra jusqu’au centre de la terre pour le placer à l’endroit où son effet pourra être maximal, écrit-elle. Histoire d’inventer un paysage quasi céleste débarrassé de parasites et de maladies.
jean-paul gavard-perret
Gabriele Gentile, La conscience de zéro, L’oeil de la photographie, Juillet 2025.