Gabriel Katz, L’Assassin de Pigalle

Gabriel Katz, L’Assassin de Pigalle

Max Weber est revenu de quatre ans de guerre. Il est entré dans la police, à Paris, avec le grade d’inspecteur. Il arrive chambre 14, dans un petit hôtel en haut de la rue Lepic, entre Pigalle et Montmartre, où un homme a été tué. D’après le tenancier, personne n’est ressorti et il n’y a pas d’autre issue. Très vite, il trouve un homme réfugié au dernier étage avec une arme à ses pieds. Il dit s’appeler Jankovic, Mendel Jankovic, sans profession, sans domicile. Sa dernière adresse était à Auschwitz-Birkenau, bloc 20.
L’arme appartient à la victime. Il s’agit d’Antoine Moray qui, après deux condamnations avant la guerre pour escroquerie, recel, trafics d’art, a bénéficié d’une libération anticipée en 1940. Et celui-ci raconte que sa vie a commencé le 6 juillet 1940 quand Henri Lafont le fait libérer. Celui-ci monte un bureau d’achats et veut qu’il soit le meilleur de France. C’est ainsi qu’Antoine intègre la Carlingue, une officine de collaboration avec l’ennemi et de trafics en tous genres. Il va chercher à retrouver Jankovic car celui-ci…
Et Max Weber, contre sa hiérarchie qui veut classer l’affaire, va chercher à comprendre les motivations de Jankovic pour que ce dernier ne finisse pas sur la guillotine, aidé ne cela par Augustine Derval, une jeune avocate commise d’office…

Gabriel Katz installe son intrigue avec une écriture incisive, une vision pointue pour planter en quelques fractions le cadre de la Capitale en 1945. Très documenté, ce livre explore, à travers le parcours d’un petit escroc, une des plus célèbres officines délictueuses, collaborant avec les nazis, la Carlingue, qui avait son siège 93 rue Lauriston. L’auteur décrit la façon dont une partie des 400 millions de francs payés journellement par la France à l’Allemagne au titre des indemnités d’armistice faisait fructifier le banditisme. Il retrace les participants autour de cet Henri Lafont, des truands, des ex-policiers…
Les personnages mis en scène font l’objet d’une belle étude et sont conçus avec soin pour satisfaire aux besoins du récit.
Il fait de Max Weber, un électron libre, revenu des combats et peu respectueux des règlements. Il veut aller vite et trouver de quoi satisfaire ses objectifs. Il se heurte à des murs de silence, beaucoup veulent oublier toutes les vilenies qu’ils ont vues, qu’ils ont partagées ou dans lesquelles ils étaient impliqués.
Il partage cette enquête avec Augustine, une jeune femme qui masque une certaine fragilité sous une énergie et qui pousse Weber. L’auteur la révèle peu à peu, donnant un beau portrait d’une femme dans les années 1945, qui se bat pour exister professionnellement et humainement. Il ne faut pas oublier que les femmes ne votent pas encore et qu’il faut, par exemple, l’accord du mari pour qu’une épouse dispose d’un compte bancaire à son nom.

Le roman alterne les chapitres où l’on suit l’enquête de l’inspecteur d’une part et de l’autre, Antoine Moray qui explique sa vie pendant la guerre, les raisons de ses choix, pourquoi il a agi ainsi.
Mais Gabriel Katz, à travers son histoire, interroge sur la réalité de cette France où l’on voulait oublier les situations scabreuses. Trop de monde voulait effacer ces quelques années pour ne pas être compromis. C’est aussi la définition de la véritable victime. Est-ce ce petit escroc tué avec sa propre arme ou est-ce cet homme qui, dénoncé par le premier, va vivre un enfer pendant quelques années ? Mais Katz ne fait pas de manichéisme il s’attache à montrer des gens ordinaires, ni spécialement cruels ou courageux, qui sont entrés dans la collaboration par opportunisme, par leur incapacité à mesurer ce qu’ils faisaient, presque par bêtise.

C’est un texte où la partie authentique et la fiction se mêlent magnifiquement par un auteur dont les livres font l’effet de coups de poings tant l’intrigue bouscule.

Gabriel Katz, L’Assassin de Pigalle, City Éditions, avril 2026, 320 p. – 21,50 €.

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