Fabio Viscogliosi, Roccoco notes
Sauts et gambades
Écrivain, musicien, peintre et dessinateur, Fabio Viscogliosi a déjà publié nombre de récits : « Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit », « Mont Blanc », « Apologie du slow », « Harpo » et « Les Cambrioleurs ». Toujours fantasque, l’auteur nous entraîne sur un chemin de campagne qui mène vers une zone industrielle.
Un homme à tête d’âne descend de voiture pour apprécier l’endroit, un instant ; la route au goudron défoncé monte en pente douce et disparaît derrière un surplomb de végétation sur la gauche. « Cela pourrait tout aussi bien être le Vermont, la Turquie ou le Cambodge, ou le fin fond de la Haute-Loire, toutes les campagnes finissent par se rejoindre, à un point ou un autre. », écrit Viscogliosi.
Les sensations affleurent et son narrateur s’interroge aussitôt : “À quoi tient ce goût bien particulier, cette fascination que nous avons pour les récits dans lesquels les protagonistes s’égarent, fuient, errent, tournent en rond, repartent, pour se perdre encore et toujours ? ». Et ici, en poursuivant les trajectoires d’Ulysse à Pinocchio, demeure un nouveau combat sous forme de road movie. Mais celui-ci zigzague depuis des siècles « dans nos têtes et dans l’espace. »
Le livre de l’auteur fourmille de ce type de questions. Elles sont concrètes et existentielles même et surtout lorsque la pensée prend la tangente, digresse et rebondit pour retomber sur ses pattes, toujours un peu plus loin.
Roccoco Notes est le fruit tout de l’appétit de cet auteur curieux et drôle, mixant texte et images. Ici, Claire Bretécher, Jean Renoir, Sei Shōnagon, Saul Steinberg ou son propre père sont appelés au sein de telles pérégrinations à travers le temps, les espaces. De telles « notes » donnent à ce livre une forme inédite sous forme de micro-récits rythmés par le dessin où, dit-il, « le temps s’étire, la nature vibre et le paysage s’ouvre en étoile ».
Dès lors, heureux les insomniaques : le royaume du Temps leur appartient. Le vide et les temps morts, aussi. Réveillé, il existe beaucoup mieux que l’espoir de se rendormir. Levé avec le narrateur voire en buvant un café avec lui, chaque lecteur continue donc, à sauts et gambades. Ce qui qui se passe est parfois le contraire de ce qui est attendu mais qu’importe.
Parfois, le lecteur chemine sur une ligne de crête assez ténue, sur le point de tomber, d’un côté ou de l’autre de la montagne, et de rouler dans l’abîme pour ne plus se relever. Mais existent aussi des journées sans tain, comme un miroir où aucune image ne s’inscrirait. Nulle couleur ni soleil ne transperce la grisaille, inhabituelle sous ses latitudes. On ne voit pas le volcan, absorbé par les nuages mais, sous forme de notes, une accélération du temps se remet toujours à s’écouler comme une rivière à l’approche des rapides.
jean-paul gavard-perret
Fabio Viscogliosi, Roccoco notes, Actes Sud, 2026, 230 p. – 26,00 €.