Ettore Molinario, DIALOGUES – #50

Ettore Molinario, DIALOGUES – #50

En imaginant l’alchimie secrète qui se cache au cœur de chaque photographie, une alchimie qui rayonne de la rencontre entre deux images et donne naissance à une mystérieuse « troisième », Ettore Molinario arrive au cinquantième dialogue.

Dans la beauté mature et aboutie de ce numéro, il se tourne vers de nouvelles voies. Ce dialogue réunit donc les deux extrêmes, pour présenter sa collection d’un seul regard : de Louise, une femme travestie dans un daguerréotype anonyme du milieu du XIXe siècle, à Evie, une jeune femme incarnée par Katy Grannan dans le comté de Humboldt, cette région mythique de Californie où, depuis au moins deux siècles, beaucoup ont choisi de se cacher.

D’un côté, un studio de photographe ; de l’autre, un lieu où disparaître – peut-être l’endroit le moins photographié au monde, malgré la beauté du paysage qui l’entoure, entre océan, rivières et forêts. Et pourtant, c’est précisément dans ce lieu, protégé par son isolement sauvage et accueillant car affranchi des conventions morales, que Katy Grannan a réaffirmé l’impossibilité de disparaître : nul ne peut échapper à la séduction de l’image. Dans les eaux calmes d’un lac, un reflet de soi-même apparaît ; le fond blanc d’un portrait posé est déjà là. Quelques siècles seulement séparent Narcisse de Nadar.

À son arrivée dans le comté de Humboldt, Katy Grannan ne connaissait personne, un problème potentiel pour une photographe. La solution ? Une annonce dans le journal : « Recherche de modèles pour portraits ». Et les gens affluèrent aussitôt, chacun offrant librement un peu de lui-même. Comme le dit Katy Grannan elle-même : « Photographier et collectionner des photographies, c’est moi aussi “attendre une rencontre et découvrir l’inattendu” chez les autres et en moi-même. »

Molinario laisse entrouverte la porte d’une pièce secrète et attend patiemment l’apparition de « quelque chose d’inattendu ». Tantôt c’est la facette méconnue d’un grand auteur, ou la force d’un photographe anonyme ; tantôt, la part de féminité tapie au fond de chaque homme ; tantôt encore, poussant le regard vers les étoiles, c’est l’obscurité qui appelait, la matière noire, en nous et au-delà, qui nous entoure, nous crée, nous détermine.

Ettore Molinario, DIALOGUES – #50, Collezione Ettore Molinario, Milan, 2026.

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