Eric Chevillard, Ohé Pimoe
Le logichien épris
Un amour bien malicieux, las des grandes phrases, fait jaillir de chacun de ces vers brefs l’impossible de la condition humaine Elle est incarnée ici par un homme passionné par Pimoe au nom d’un amour insaisissable. Il se lance dans un périple désespéré pour tenter de la rejoindre. Toujours hors d’atteinte, elle alimente son désir éternel, sa rêverie espiègle sur son rapport au monde et aux choses.
Cette poésie drôle, dramatique désempare et réinvente le rythme, à la manière d’Apollinaire lorsqu’il métamorphosait La maison des morts. Cette quête amoureuse – qui n’en est peut-être pas une – a quelque chose du point d’orgue : les codes y sont dynamités. Pour preuve, ce chant des plus beaux et désespérés : « ohé ohé / Pimoe ohé Pimoe ohé / ohé Pimoe / vois dans quel état je suis / je gis sur ce grabat et la vie / est sans saveur pour moi / elle a la fadeur de la mie « la pâleur de l’hostie ».
D’où sa rondeur indifférente qui recommence en chaque enfance mais sans compter de « claques dispensées / sans compter / comme à la fête / à ces petits êtres honnêtes / et bien disposés ». L’auteur se veut toujours aussi brillant que hargneux. Et continue son défi du langage et de ses conventions. Preuve qu’un tel logicien est fanatique, il s’accroche à son os là où l’humour nous sauve – que bien, que mal. Mais c’est la conséquence imprévue de ses exercices de rigueur où la fanfreluche est passée à la trappe et certaines de ses chausses aussi.
jean-paul gavard-perret
Eric Chevillard, Ohé Pimoe, accompagnés d’un signe original de Philippe, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2025, 72 p. – 17,00 €.