Edward Carey, L’Homme avalé
Un conte de fées pour adultes
L’homme a pris la mer parce qu’on lui a dit que son fils risquait de se noyer. Il s’embarque sur un canot vieillot et fait face à une colossale créature. Il n’a d’autre choix que de s’enfoncer dans la gueule ouverte et de chuter longuement.
À force de ramper dans l’obscurité totale il arrive sur une surface plane. En tâtonnant, il finit par découvrir ce qui semble être une caisse qu’il réussit à ouvrir. Celle-ci recèle des bougies. Fumeur de pipe, l’homme a dans sa poche des allumettes. Ce qu’il découvre, à la lumière de sa bougie, le stupéfie. Il est sur un bateau, une goélette et ce qu’il y trouve va lui permettre de s’abriter, de vivre, d’écrire et de continuer à sculpter. Il va alors, raconter ses vies, celle où il a créé une marionnette et celle qui se déroule dans le ventre du monstre…
À partir du conte Les Aventures de Pinocchio, paru en 1881 sous la plume de Carlo Lorenzini, Edward Carey se concentre, non pas sur la créature taillée dans une bûche de bois de chauffage, mais sur le sculpteur, cet humble menuisier. Il entreprend de le mettre en scène dans une situation bien dramatique. Parti à la recherche de sa création, il va se retrouver coupé du monde, dans une solitude totale. Mais le romancier va lui offrir la possibilité de supporter cet isolement. Il décrit son rapport aux matières, sa volonté, le besoin de continuer à exercer son art du travail du bois. C’est aussi une belle parabole sur l’amour d’un père pour un enfants, même si ce fils n’est qu’un morceau de bois.
Edward Carey illustre abondamment son récit de croquis, des portraits, d’images des lieux, des créations de son personnage. L’Homme avalé est un récit bien singulier, fort plaisant à découvrir pour l’illustration de nombre de sentiments, de réflexions sur la solitude de l’artiste et le sens à donner à son existence.
serge perraud
Edward Carey, L’Homme avalé (The Swallowed Man), traduit de l’anglais par Jean -Luc Piningre, Le cherche midi, coll. « Roman étranger », octobre 2024, 162 p. – 18,00 €.
