Didier Ayres, H.P. (Scènes de désespoir et de miracles) — 9

Didier Ayres, H.P. (Scènes de désespoir et de miracles) — 9

lelitteraire.com pro­pose de manière inédite à ses lec­teurs ayant appré­cié les billets “en marge” de Didier Ayres de décou­vrir chaque semaine une par­tie de son oeuvre théâtrale,  « H.P. (Scènes de déses­poir et de miracles) ».

avant-propos de l’auteur :

H.P. porte un regard sur l’institution psy­chia­trique. En 12 scènes on y retrouve l’essentiel des vrais moments d’un asile, des séquences véri­diques de ce lieu de sur­veillance : les infir­miers, les patients, les thé­ra­peutes, les familles, l’heure du thé dans l’après-midi, la nuit avec ou sans som­meil, la conten­tion, les conver­sa­tions entre les asi­laires, etc. Ce qui res­sort de cette plon­gée en milieu hos­pi­ta­lier, c’est la souf­france de tous et de cha­cun, dou­leur qui s’exprime soit par l’angoisse, soit par le rire.

C’est ce des­tin d’une com­mu­nauté de vivants — comparables à des détenus — qui m’a poussé à ima­gi­ner cette pièce. La ten­sion dra­ma­tique, ten­sion d’êtres humains bous­cu­lés comme en une nef des fous, pour moi a fait théâtre (plus à mes yeux que la célé­bra­tion d’un office reli­gieux). Ce qui est sacré ici, c’est cette focale sur le fond de l’être. Ainsi, « le monde est un théâtre ».

didier ayres

lire la scène 8


Scène 9 :

Je peux ?

Essaye.

Je ne trouve pas.

Il faut un numéro.

 

Un code ?

Oui, un code.

 

Et après ?

On appuie là.

 

Essaye.

Et Pierre ?

 

C’est une vision.

Une crise. C’est ce qu’il a eu.

 

Une crise de solitude. Il faut être seul pour savoir ce que c’est qu’une crise. On a le vertige. Ça part. On est poursuivi. Puis, on tombe malade. C’est la crise.

Je peux ?

 

Essaye.

Comment ?

 

Il faut un code.

Un code ?

 

Tu rentres le code et tu fais le numéro.

Mais, comment ?

 

Avec le code.

Un code ?

 

Essaye au moins.

Et puis, ils me donnent des benzodiazépines.

 

…

…

 

Ça soigne.

Oui, ça agit. Je dis oui, ou je dis non. Je ne sais plus ce que je dis. Je suis perdu. Ils disent les facultés cog-ni-tives.

 

Ça s’améliore doucement. Ils disent que c’est à cause de l’argent, que tu ne voulais pas payer ton voyage jusqu’à Bâle, et puis moi, j’ai dit que tu serais peut-être mieux en France, dans une clinique, comme celle de Laborde. Mais, ils répondent que tu n’as pas assez d’autonomie.

Je peux ?

 

Essaye.

Oui, mais comment ?

 

Il faut un code.

Le code tu l’as ?

 

…

…

 

Fais le numéro.

Tu veux boire un café ?

 

C’est quoi le Destin ?

Tu veux boire un café ?

 

Oui, dans une brasserie.

On boit un café ?

 

On va là-bas.

Une brasserie.

 

…

Oui.

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