Darko Macan & Igor Kordey, Frankenwood – Une comédie noire en parodirama
Une comédie noire à souhait
« Frankenwood est une œuvre de fiction parodique d’humour noir qui s’inspire des grandes fresques hollywoodiennes et des vedettes de cinéma et de télévision de l’âge d’or.«
Dans le comté de Los Angeles, en cette année 1963, Georgie est enchaîné sur une voie ferrée. Ceux qui l’ont attaché l’avaient averti des centaines de fois qu’il ne devait pas s’approcher de la môme. D’une force herculéenne, il brise ses liens mais n’échappe pas au train.
Dans un bureau miteux, Marlowe, un détective privé, le sosie d’Humphrey Bogart, reçoit un appel de quelqu’un qui se présente comme son agent. Il ne comprend pas. Il entend des bruits de talons féminins et se réjouit de voir arriver Slim. Or, c’est Marilyn Monroe qui fait son entrée pour lui demander d’enquêter sur… sa mort ! Elle explique que George, qui jouait Superman à la télévision, avait promis de l’aider. Mais on vient de le tuer. Elle veut donc l’embaucher. Ne pouvant payer qu’en sourires, il refuse.
Cependant, il se renseigne et apprend que George était une ex-star. Il décide d’en savoir plus et se rend à The Castle, un étrange établissement tenu par Boris Karloff qui reconnaît Bogie dans le détective. Commence alors pour ce dernier une traque plus que singulière car…
En introduction, les auteurs préviennent qu’ils ne veulent, en aucun cas, remettre en cause la représentation, la légende voire l’intégrité des actrices et des acteurs. Ils sont des personnages d’une histoire totalement fictionnelle. En effet, la représentation donnée de cette galerie de stars hollywoodiennes de la fin de la première moitié de XXe siècle s’éloigne de leurs légendes. Il s’agit, en fait, d’étoiles du cinéma qui ont subi un traitement particulier qui occasionne quelques carences.
Sur une idée très originale, le scénario installe une histoire qui permet de croiser presque tout le gratin d’Hollywood dans les années d’après Seconde Guerre mondiale comme Humphrey Bogart, Marilyn Monroe, Alfred Hichcok et Alma, son épouse, Clark Gable, Lauren Bacall, John Kennedy…
Le récit, outre une enquête de type policier, installe avec un humour d’une belle noirceur, un monde aux règles un peu étranges, des conspirations et des trahisons. Les références sont multiples comme des affiches quelques peu différentes de celles d’origine, le fait que le détective attende Slim. C’est le nom porté par Lauren Bacall face au marin Harry, joué par Humphrey Bogart dans Le Port de l’angoisse.
Il est intéressant d’analyser dans cette parodie l’exploitation que l’industrie cinématographique faisait de ses actrices, de ses acteurs et ce, même après leur mort. Et quand on voit les quelques essais déjà réalisés à l’aide de l’Intelligence Artificielle…
Igor Kordey assure la mise en scène et la réalisation visuelle, les planches étant complétées par Anubis pour les finitions et la colorisation. Avec un trait nerveux, il installe ses acteurs offrant une belle ressemblance avec les individus authentiques. Avec un souci d’offrir une lecture aisée, il installe des vignettes d’une belle richesse, détaillées, assurant sentiments et émotions. Eles font ressentir l’atmosphère étrange du scénario, rendant palpable l’humour grinçant du propos.
Avec Frankenwood les auteurs proposent un album noir, déjanté à souhait, d’une belle originalité mais qui aborde quelques questions sociétales dérangeantes de façon drôle, habile.
serge perraud
Darko Macan (scénario), Igor Kordey (Mise en scène et dessin) & Anubis (Couleurs), Frankenwood – Une comédie noire en parodirama, Dupuis, coll. Grand Public, avril 2026, 112 p. – 23,00 €.