Danielle Mémoire, Vingt-trois auteurs en quête de personnage (chacun le sien)
Jeux du et des je
Dans ce nouveau livre, Danielle Mémoire propose une méditation sur son œuvre. Elle fait elle-même œuvre en ce qu’elle se dit écrite par d’autres. En ce sens, elle invite à lire son livre comme vingt-trois opportunités pour déceler, dans chacune des apparitions des auteurs, ce qu’elle a égrené d’elle-même au fil des pages : « J’apparais démembrée, tout à la fois, et reconstituable dans le Corpus. / Exercice à l’usage du lecteur consciencieux : me reconstituer. », écrit-elle.
En une belle torsion de l’autofiction, le jeu permet au je de se « fictionner » et de se frictionner à d’autres je. Existe donc là ce que Barthes nomma des « biographèmes ». Mais ici, ils sont trahis et récupérés par la fiction. Les auteurs cités sont de la sorte une forme d’extériorisation du je en diverses positions là où l’auteur, ou l’un des auteurs, parlant, ou feignant de parler de lui-même en première personne, jette un doute d’autant qu’ici – grâce à ces « auteurs sans personnages » qui avancent – la fin du texte recule à mesure que l’œuvre se prolonge.
L’intertextualité crée une trame complexe en une esthétique de la (pseudo) citation et l’inachèvement. Celui-ci reste une clé de Danielle Mémoire dont elle se démène pour transformer le dynamisme et la charpente de son œuvre.
jean-paul gavard-perret
Danielle Mémoire, Vingt-trois auteurs en quête de personnage (chacun le sien), Éditions Héros-limite, coll. « L’ours blanc », n° 48, 2026, 32 p.- 6,00 €.