Danielle Mémoire, Noms, prénoms, titres et sobriquets

Danielle Mémoire, Noms, prénoms, titres et sobriquets

Le grand ouf !

Danielle Mémoire veut créer l’éloge d’une certaine ignorance ou d’un savoir obscur. Nous avons ici accès à une question dont l’auteur veut résoudre des degrés de créance, repères et références ouvertes en exergue par les mots de Montaigne : « Quelque diversité d’herbe qu’il y ait, tout s’enveloppe sous le nom de salade. De mesme, sous la consideration des noms, je m’en voy faire icy une galimafrée de divers articles. »  Le tout pour discuter d’un tel objectif au premier échec.

Qu’on se rassure : tout garde un goût d’un certain « Revenez-y »  et d’un bon « v’nez y voir » en un tel rapport d’expertise. Il comporte dans les dernières pages un tracé sur plan des «limites du terrain proposé à l’habitation », auquel ne correspond pas celui qui figure dans l’état des lieux en un tel galimatias ironiquement programmé. Des personnages et fantômes surgissent (noms, prénoms, titres et sobriquets – forcément) dans ce vingt et unième livre.

En eux se retrouve ce que Danielle Mémoire appelle le « Cercle de littérature appliquée » dont la fonction serait de composer et surtout de discuter – parfois non sans aigreur- le livre même que l’on est en train de lire. Et l’auteure de préciser que les membres d’un tel Cercle « restent toujours les mêmes à de légères variations près, principaux personnages des fictions qu’ils ourdissent, transforment, déplacent, effacent. »

D‘autant qu’à chaque livre de l’auteure correspond une forme particulière : celle bien sûr des sus-dits noms, prénoms, titres et sobriquets. Mais elle ramène à l’acrostiche où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, composent un nom ou un mot-clé. La suite des premières lettres des paragraphes compose ici, dans l’ordre alphabétique, les nomenclatures.
L’auteure facétieuse  et brillante permet de retrouver les noms de ses personnages et de poser des thèmes et variations qui font écho aux livres qui précèdent : soit ceux qui ébauchent des fictions, soit quelques uns qui se donnent à lire « comme des manières d’aphorisme, souvent avec humour. »

D’où bien des suites de dissymétries de tels importuns dont la présence elle-même est douteuse… Le tout grâce à une procrastination appuyée. Mais  ses bienfaits repoussent toute idée de devoir accompli. Ce qui supprime tout sentiment de faute mais souligne un soulagement et une joie.
Quant au lecteur, il ne lit pas forcément ce qui lui a semblé vulgaire et même idiot. Néanmoins et paradoxalement, tout est écrit par une si bonne écrivaine. Elle renverse tout versant logique qu’elle définit  « éthico-sentimental, ou quelque chose dans ce genre. ». Dès lors tout est possible jusqu’à quelque chose qui est la réalité – du moins, plus que ne sont de telles fantasmagories.

Alors à chacun son Ouf !  car il est possible. Ainsi, que demander de plus ? L’interrogation est non seulement de mise mais obligée !

jean-paul gavard-perret

Danielle Mémoire, Noms, prénoms, titres et sobriquets, P.O.L éditeur, Paris, 2024, 160 p. – 18,00 €.

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