Cyril Carrère, La colère d’Izanagi
À partir de faits réels…
En ce vendredi soir, à Tokyo, alors que la majorité des salarymen s’élance pour une nuit de débauche, la Velvet Tower, une tour de deux cents mètres de hauteur, s’enflamme. C’est une catastrophe humaine.
Hayato Ishida, le plus jeune capitaine de la police japonaise, nouvellement promu à la tête du bureau des enquêtes criminelles, est retourné à Nanbu, son village d’origine pour se recueillir sur la tombe de sa sœur aînée, son ange gardien assassinée il y a dix ans. Sa volonté d’identifier et faire punir le coupable a renforcé sa détermination à devenir flic. Diagnostiqué HPI à huit ans, il est atteint d’hyperosmie et est complètement ingérable.
Noémie Legrand bosse dans l’unité des affaires irrésolues. Elle n’en peut plus de son chef, un vieux con aux idées rétrogrades qui ne sait que gueuler pour communiquer.
Kenta et Suzuka sont étudiants et ont un petit job dans une compagnie d’éditions qui publie quelques-uns des best-sellers du manga. Leur contrat prend fin avec la destruction de l’entreprise dans l’incendie. Il leur faut trouver rapidement une solution pour assurer leur maigre train de vie.
C’est la nécessité de créer une cellule d’investigation spéciale qui va réunir Hayato et Léonie, et le premier dossier concerne la Velvet Tower. Mais dans l’ombre, celui qui se fait appeler Izanagi, s’active pour mettre en place un plan qui…
Avec deux groupes d’acteurs, les deux flics et ce couple d’étudiants, l’auteur joue sur plusieurs temporalités et des protagonistes bien différents. On pense que ces deux parcours peuvent se réunir. Or, Cyril Carrère tisse une toile dont la chute est particulièrement surprenante.
Il campe ses personnages avec précision, donnant à chacun leur lot de difficultés que celles-ci soient psychiques ou physiques. Si Hayato est brillant, il est particulièrement touché par cette affection qui lui fait percevoir les odeurs de façon très forte. De plus, il très affecté par la perte de sa sœur qui le protégeait quand il était l’objet de brimades pendant sa scolarité. Mais son arrogance le fait détester de ceux qui l’entourent, qui doivent travailler avec lui.
Léonie est Franco-Japonaise, âgée de 35 ans et mère célibataire. Elle est très intelligente, mais au contraire de son binôme, elle attire la sympathie, l’empathie et possède un sens de la répartie peu commun. Sa mère, Japonaise, est très traditionnaliste et ne cesse de vouloir en faire une femme au foyer.
Kenta est atteint depuis l’enfance de troubles anxieux généralisés et ne supporte que la compagnie de Suzuka. Il est doué pour les techniques informatiques, alors qu’elle s’accomplit dans la musique : pour elle, le violon et pour lui, le clavier.
Les réseaux dits sociaux sont partie prenante dans l’intrigue avec des sites du darknet. Il anime une plateforme qui s’inspire d’une structure authentique qui proposait des missions peu louables à des étudiants dans le besoin.
Le romancier met en scène un Japon qu’il commence à connaître et qui est celui du quotidien. Il montre la réalité, les spécificités de la culture du pays, établi depuis quelques années dans les lieux. Il décrit le machisme de la société japonaise, le sexisme persistant. Il cite l’université de médecine tokyoïte qui a fini par admettre qu’elle avait systématiquement baissé les notes des candidates au concours d’admission, justifiant ce choix.
Un roman qui se lit avec une grande attention pour une intrigue qui se révèle bien futée, des personnages attachants, et un voyage réaliste dans ce pays quelque peu fantasmé.
serge perraud
Cyril Carrère, La colère d Izanagi, Folio policier n°1039, coll. Thriller, février 2025, 336 p. – 9,50 €.