Catherine Bruneau, Bords poétiques – Illuminations d’hiver
Douleurs et berceuses
Pour Catherine Bruneau, ne rien dire, ne rien montrer aiderait l’esprit à ne pas conclure tout en sauvegardant une distinction des « Illuminations d’hiver ». Mais c’est parce que dans l’inexprimable se fomentent des merveilles qu’il faut tenter de le faire parler.
Pour y parvenir, l’auteure passe de l’univers privé à la sphère du publique afin que l’absolu de ce qu’il tente de circonscrire ne sente jamais la négligence. Pour autant, l’affect seul ne s’élève jamais au rang de vérité – il nous rend au mieux suspects à l’existence même s’il reste le seul garant du peu qu’on est.
L’auteure, pour le prouver, écrit à propos des femmes (et les femen) combien elles s’écrient et cousent leur cuir jusqu’à « s’éroder la peau, les muscles et les os . / Existent l’évidence brutale de la perte et l’impossibilité de l’accepter ».
Le jeu de l’écriture devient donc périlleux : il plonge dans le blanc à mesure que la « bouche s’emplit de neige » et signe un empêchement hérité autant de Mallarmé que de Beckett. Celle qui se dit femme n’est pas « des glaces et revendique l’usage normal des cinq sens », trouve dans cette poétique sensorielle et parfois douloureus de quoi ouvrir la poésie à un chant particulier.
jean-paul gavard-perret
Catherine Bruneau, Bords poétiques – Illuminations d’hiver, Editions Rafael de Surtis, Cordes-sur-ciel, 2025, 110 p. – 17,00 €.