Matz & Frédéric Bézian, Les Papillons ne meurent pas de vieillesse

Matz & Frédéric Bézian, Les Papillons ne meurent pas de vieillesse

Dans une forêt luxuriante, un homme traque des papillons. Mais pas n’importe lesquels car M. Simon est exigeant. Il capture un spécimen qu’il n’a jamais vu, au nord de la crique Guayapako, et l’envoie à un entomologiste, en Haute-Garonne. Camille Simon vit entouré de papillons épinglés sur des cadres. Mais il est irrité, persuadé que Géraldine, la fille de son cousin, son assistante, lui a fait une farce avec le colis du Brésil arrivé la veille. Elle a mis sur l’étaloir un lépidoptère, le Parides Ascanius Nolentus. Ce papillon vivait dans les marais de Rio de Janeiro et a disparu avec l’urbanisme galopante de la région. Or, celui que Candido a envoyé a été trouvé au nord du Brésil, à des centaines, voire des milliers de kilomètres.
Après quelques explications, Camille décide de se rendre sur place avec Géraldine. Mais il ne se doutent pas qu’ils commencent une traque dans des conditions difficiles au cœur d’un jungle très dense. C’est un article qu’il rédige pour le National Geographic qui va enclencher un processus funeste, une escalade de violences…

Matz est très connu pour sa série Le Tueur où son héros aborde de front l’acte de tuer et les problèmes sociétaux de notre époque. Il a fait quelques incursions dans d’autres domaines, ami toujours avec la mort en toile de fond comme dans Du plomb dans la tête ou Le Dahlia noir.
Ici, il aborde non plus l’élimination d’individus, quoi que !, mais celle d’une race de papillon chassée de son domaine par l’action humaine et qui réapparaît loin de son lieu d’origine, une zone soumise aux mêmes effets néfastes. En plaçant son récit dans le nord du Brésil, il aborde de front le massacre de la forêt amazonienne par deux catégories de prédateurs. Il confronte donc des amoureux de la nature à des déforesteurs, met en opposition des défenseurs d’une espère fragile et des individus avides de richesses qui ne se soucient aucunement des dégâts irréparables qu’ils commettent.

Entre aventure, thriller et fable écologique, le scénariste signe une histoire dense, riche, abordant des enjeux complexes. Il évoque le sort des indigènes qui doivent fuir des envahisseurs qui détruisent leur cadre de vie ancestral. Il interroge sur l’acte de tuer, le droit de se défendre à la même hauteur que l’agression. Le nom retenu pour son lépidoptère cache un bel emprunt humoristique.

Frédéric Bézian assure un dessin aux traits fins, stylisés, en noir et blanc avec moult hachures qui donnent une profondeur et cadencent les perspectives. Il met en couleurs les seuls papillons qui traversent les planches. Par contre, il réalise des pages naturalistes du plus bel effet, avec les principales espèces, assorties de précisions, et une page où il liste le terme de papillons dans vingt-six langues. Il livre également l’origine du terme. La chute laisse entrevoir une possible suite, une bien bonne nouvelle.

Un album passionnant qui aborde un énorme désastre par le biais d’un petit animal, assorti d’une intrigue solide, ingénieuse, mise en images avec talent.

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Matz (scénario) & Frédéric Bézian (dessin et couleurs), Les Papillons ne meurent pas de vieillesse, Casterman, avril 2025, 88 p. – 24,00 €.

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