Catherine Andrieu, Ils ont dressé des anges sur des tessons

Catherine Andrieu, Ils ont dressé des anges sur des tessons

Catherine Andrieu fouille les cendres, et « mange la lumière, parfois, comme une bête affamée. » Elle avance indomptable contre l’effacement car le réel s’accroche à elle-même s’il devient « un souffle incertain, un frisson sur la joue d’un souvenir ». Mais, dans le dernier poème, se diluent décors, voix et gestes. et la créatrice de conclure : « Peut-être que la neige n’est pas décor mais langage, un alphabet d’oubli où chacun disparaît à la mesure de ses silences. »
Existe là de la violence subie en silence, sans retour en arrière ni réparation. Mais l’écriture leur répond comme « une lumière jetée dans l’eau noire » en une telle poésie verticale où se dressent des anges, non sous forme d’icones, mais de plaies capables de dépasser leurs blessures sur des tessons, des ruines et le silence.

Pour preuve, il y a des femmes-anges qui marchent dans leur pente « Avec des nerfs de ronce Et des reins encore humides d’enfance. Leurs yeux n’appartiennent à personne,.» Elles n’abdiquent pas dans leur fente et dans le souffle des bêtes et l’homme qui pose les paumes sur le vide, et tremble.
Parfois, une femme écarte ses branches, montre son dos où pousse « Pas des ailes. Pas des mots. Quelque chose d’encore plus ancien. ». C’est pourquoi dans ce livre tout bascule même lorsque la nuit arrive sans explication. La maison de l’être titube. Il n’existe pas de miracle et de magie, mais un changement d’état qui reprend sa force et sa grammaire quitte à accepter le vertige même « à l’encre des vendredis noirs. Là où les crachats sèchent dans les godasses des saints ». Catherine Andrieu avance « là où les rêves faisaient naufrage sur des pupitres en bois mort. »

Chacun des ses poèmes recommence. Toujours comme à chaque pas. Reste le souffle de Catherine Andrieu par-delà les seuils, par-delà les cendres, par-delà tout ce qui ne revient plus. Elle écrit, nous écrit et pour l’homme inconnu. Pour lui, « Je t’écris. Toi qui ne lis pas. Toi qui sais. »
Mais elle revient ainsi en elle, chaque jour, quoiqu’au bord d’un abîme où elle respire encore. Et soudain elle se sent vivante, « Pas brûlante, pas offerte, pas traversée de feu – mais tiède, présente, fragile et suffisante ». Elle tient, là, elle est là peut-être « sans fin, ni conclusion » mais avec un battement têtu du cœur.

Catherine Andrieu, Ils ont dressé des anges sur des tessons, Editions Douro, 2026, 72 p. – 15,00 €.

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