Hôte est-ce ?

Hôte est-ce ?

Elle marche avec des nerfs de ronce. Ses yeux n’appartiennent à personne. Ses chants semblent sans alphabet mais elle n’a pas oublié le goût de sa vie face au souffle des bêtes et de l’homme qui ne parle pas et pose ses paumes sur le vide. Pour lui, elle a écarté son chemisier pour montrer son dos. Y poussaient non des ailes mais quelque chose d’encore plus ancien.

Tout s’est mis à basculer. La nuit est arrivée sans explication. Les animaux ont fui. Elle a serré les dents car il ne s’agissait pas de miracle et magie, mais d’une métamorphose : son corps a accepté le vertige. L’homme gravé son prénom sur le mur des latrines aux néons fêlés où des mouches écrivent des psaumes et où l’urine sèche sous les pieds des saints en blouse trop blanche et la tête pleine de colombes où leurs rêves font naufrage. A eux de mettre à cette femme une auréole et des chaînes à ses poignets. Ils lui ont dit :“danse”, mais pensaient : “saigne”.

Au creux de son ventre, il y avait une flaque de ciel. Couronnée d’échardes et de prières, elle leur tendit ses bras. Mais de leurs mains exhalaient autant l’onguent que l’adieu. Mieux que les saints, elle sut tenir en elle le tremblement de leur départ. Elle n’eut rien d’autre à faire que d’user ses mots contre le carrelage. Elle s’est tue, redevenant silence, mousse, paroi d’arbre, immobile comme l’amour. Mais chaque jour, comme la mer, ils sont revenus. Elle a compris que ce n’est pas elle qui les apprivoiseait – mais qu’au mieux ils apprenaient sa blessure. Ils vinrent se coucher contre contre elle comme au bord d’un abîme pour y respirer encore. Elle se sent vivante – ni brûlante, ni offerte ou traversée de feu, mais tiède, présente, sans fin, ni conclusion. Reste un battement du coeur à chaque main qui l’effleure. Elle ne leur dit rien, mais ils l’entendent.

Photo : Dritkol Frantisek

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