Caryl Férey, Okavango

Caryl Férey, Okavango

Un plaidoyer animalier mémorable

Caryl Férey, cet écrivain voyageur, pose son récit en Namibie dans une partie du KAZA, cette zone de réserves animalières initiée par Nelson Mandela. Celle-ci s’étend sur cinq pays, la Namibie, l’Angola, le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe, avec une surface équivalente à celle de la Suède. L’Okavango a la particularité d’être le seul fleuve au monde à ne pas se jeter dans une mer ou un océan, mais dans un delta au cœur d’un désert.

Un jeune pisteur se fait piéger dans la recherche d’un rhinocéros à longue corne qui vit dans la réserve de Will Bunch à la frontière namibienne. C’est le neveu de Rainer Du Plessis, un ancien officier de l’armée sud-africaine, qui l’a poussé dans cette situation. Du Plessis, dit le Scorpion, a constitué une troupe spécialisée dans le braconnage.
John Latham et son intendant N/Kon accompagnent une famille américaine dans un safari photos. Après quelques émotions face à des éléphants, alors qu’ils retournent au lodge, un vol de vautours attire l’attention des deux hommes. Ils découvrent le cadavre d’un jeune homme. La Lieutenante Solanah Betware, nouvellement mutée au KaZa, est chargé de l’enquête. Elle se rend, avec son collègue, chez John Latham, le propriétaire de la réserve, qui répond bien volontiers à ses questions malgré la réputation sulfureuse dont il est porteur. Et Solanah est troublée par sa personnalité car il semble très attaché à ses animaux et au peuple San, l’ethnie qui vit sur ces terres.
Les recherches qu’elle entame, avec l’aide de son collègue et d’une jeune femme San, l’amènent à des découvertes qui vont bouleverser la vision de son univers et de son existence…

Dans ces réserves, des unités de rangers protègent les animaux sauvages en liberté. Mais ces derniers suscitent tant de convoitises à cause de légendes, de croyances, d’inepties ancrées dans la bêtise humaine, comme la corne de rhinocéros qui  réduite en poudre, développerait la puissance sexuelle des hommes.
De la galerie de protagonistes se détachent quatre personnages. L’héroïne, bien sûr, cette jeune femme, croyant avec force en sa mission, déterminée coûte que coûte à protéger les animaux dans un cadre légal. Une autre jeune femme San, Priti, bouillonnante éclaire de belle manière une partie de l’intrigue. John Latham, le propriétaire de la réserve où a été découvert le cadavre, au caractère complexe, qui semble porter un lourd passé. L’affreux Scorpion qui a compris que la rareté dans tous les domaines augmente la valeur et qui fait en sorte de l’appliquer sur les animaux sauvages.

En toile de fond se trouvent les guerres, ces guerres civiles comme celle de l’Angola (1975-2002), qui nécessitent d’énormes ressources pour les financer. Et, pour ce faire, tous les moyens sont bons. Le romancier détaille avec soin le mode de vie des animaux, l’existence de ceux qui les protègent. Il explicite, de belle manière l’équilibre qu’il faut conserver, sans alourdir son propos ni freiner l’intensité de l’action. Celle-ci culmine dans les cent dernières pages où toutes les émotions se conjuguent ou se déchirent. Il ne retient pas son imagination pour multiplier les péripéties, les coups bas, les fausses pistes et les désillusions.
Avec des propos toujours aussi justes, incisifs, il place des remarques, fait état d’opinions lucides, d’une parfaite vérité, d’une grande profondeur. Ainsi, par exemple, il fait dire à John : « …qui place l’argent dans des paradis fiscaux créés pour les riches qui refusent de partager ce qu’ils ont volé aux autres.« 

Une fois encore, Caryl Férey signe un thriller original, relayant la nécessité de sauvegarder ce monde sauvage, cette beauté menacée par la folie de certains hommes. Un livre qui prend aux tripes.

serge perraud

Caryl Férey, Okavango, Folio Policier n°1035, janvier 2025, 544 p. – 10,00 €.

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