Baudouin Millet, Album Sherlock Holmes

Baudouin Millet, Album Sherlock Holmes

La prose de Conan Doyle s’engouffre dans les plis et les méandres du caractère et des enquêtes de Sherlock Holmes. Des hypothèses lézardent autour de ses diverses histoires relatées par le bon Docteur Watson entêté et entêtant, s’appropriant ses aventures issues de son ami (ambigu). Et en conséquence la mémoire affective du narrateur passe ou repasse du passé au présent jusqu’au dépassement sans omettre les moindres détails.

« Je possède un petit vase, aujourd’hui ébréché, qui se trouvait sur le bureau de mon père », affirme par exemple son héros. Si bien que même des objets deviennent parfois cicatriciels auxquelles Watson s’attarde plus que représentant des herbes médicinales.
Dans ce qu’il affirme via la voix du narrateur, il insiste jusqu’aux ratures du héros qui retrouve dans l’Album de le Pléiade des équivalents imagés. Ils deviennent des prosopopées qui donnent, après la voix, la chair Et ce, dans bien des doubles-faces de Holmes. Son portrait se regarde dans les dessinateurs et artistes qui lisent ses romans « policiers ».

Surgissent des expériences du miroir qui ne balaient en rien tout narcissisme du héros. Et les lecteurs quidams le reconnaissent aussi par l’image de son « je » qui les obsède. Par exemple, un dessin signé « Dex » représente un profil d’homme coiffé d’une casquette que l’on devine à double visière et qui a tout l’air d’une deerstalker-cap.
Entre comédie et tragédie, Holmes acquiert un masque de « Zorro » à travers son chapeau, sa casquette, ses houppelandes dans tout le nuancier des genres mais aussi des rôles à ses côtés de son « biographe » et des méchants (dont un toujours dépeint avec férocité). Le tout d’un bout à l’autre de cette longue galerie de portraits où la persistance de divers regards préserve l’énigme du héros.

L
es artistes illustrateurs (et bien sûr le texte de Baudouin Millet) changent nos regards et les rapports qu’entretient l’image avec la littérature et la violence du monde. Elle apparaît à travers le prisme de ces romans dont le héros devient un parfait histrion.
Notons que cet Album de la Pléiade est le premier qui soit consacré à un personnage de fiction. Outre l’iconographie, Baudouin Millet, avec beaucoup d’humour – encore plus que celui de Watson lui-même – , retrace en l’histoire des relations entre Doyle et Holmes. La progressive émancipation de ce dernier est montrée par les images rassemblées et un récit à la fois malicieux et savant. Grâce à cet album et ces histoires où, rappelle l’auteur, « Il n’y a rien de plus trompeur qu’un fait évident ». Mais il souligne que, comme les chiens fureteurs, Holmes ne se trompe pas là où s’ajoutent au héros, par le texte et les images bien des touches de théâtralité.

Baudouin Millet, Album Sherlock Holmes, Album de La Pléiade, Gallimard, 2025, 256 p.
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