Asta Sigurdardottir, Dehors, c’est le printemps

Asta Sigurdardottir, Dehors, c’est le printemps

Asta Sigurdardottir (1930-1971) fut l’étoile filante de la littérature islandaise. Et elle le reste. Sa vitalité et son audace mérite sa réputation poétiquement sulfureuse – elle ne la quitta plus jusqu’à sa mort précoce, à 41 ans. Elle raconte sans fard ses dérives nocturnes en quête de sensations fortes de marginalité car elle sait que si le noir est toujours noir, la lumière est en perpétuelle mutation (au besoin en aurores boréales entre nœuds borroméens). Ses personnages représentent la figure tutélaire de l’être et le lieu (évanescent mais réel) où le premier doit bivouaquer dans le second sans atermoiement.
En une telle écriture, nous errons dans les vestibules et les chambres de l’obscur où l’auteure ne se laisse pas “ avoir ” facilement. Une chose est certaine cependant – et Asta Sigurdardottir, l’a progressivement compris : pour faire surgir le monde lumineux, il convient de tordre l’image afin de lui faire perdre tout ce qui ne lui est pas nécessaire.

Ses textes deviennent le retracement (à travers son propre travail comme celui des autres) dans lequel se récure tout contenu adjacent. Sachant que c’est parce qu’il y a du visible qu’il y a de l’invisible, la créatrice dégage des repères habituels de l’imaginaire afin, non de combler le trou du sens, mais de montrer sa béance. L’artiste éclate le figé des apparences pour montrer ce qui nous fait tenir « droit » en un retournement salutaire et en refusant d’énoncer le monde selon les artefacts et les lieux communs.
Au cœur des nuits blanches et dans cette belle traduction surgissent alors des sortes d’énigmatiques feuilles d’eucalyptus étroites du col qui prennent feu d’un monde absolu déboutonné de l’absence.

Appelant pour faire brèche l’inachèvement vital, Asta Sigurdardottir ne cesse de mettre en place des dispositifs extrêmement rigoureux de dérèglement des « images ». Lequel fait par exemple jouer la langue entre ses deux pôles génériques : le ligne et la tache comme dans ses textes le vers et la prose : la prose au sein du vers, le vers au sein de la prose. Car ce qui fait tenir la langue n’est ni dans l’une ni dans l’autre mais n’est – forcément – nulle part ailleurs pourtant.
D’où ce chassé-croisé afin de casser ou de signaler les chausse-trappes du langage (poétique ou plastique) pour essayer de tenir au plus près du réel tel qu’il est et non tel qu’il apparaît – ce qui évidemment tient le poète au besoin d’écrire, et aussi – artiste au besoin – de dessiner.

Asta Sigurdardottir, Dehors, c’est le printemps, Sabine Wespieser éditeur, 2026, 246 p. – 24,00 €.

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