André Marois, La Sainte Paix

André Marois, La Sainte Paix

Jacqueline, à 74 ans, est plutôt en forme. Elle observe sa voisine, Madeleine, qui se baigne dans la Mastigouche, la rivière qui sépare leurs propriétés. Avec leurs conjoints respectifs, elles ont construit leur chalet à un an d’intervalle. Si les deux hommes sont devenus des amis, elles sont restées assez distantes. Cela fait vingt ans que les deux veuves se saluent de loin.
Aussi, quand Madeleine vient voir Jacqueline pour lui annoncer qu’elle veut vendre pour s’installer en ville car elle est malade, le monde de sa voisine s’effondre. Des inconnus vont venir s’installer avec mille nuisances. Fini la tranquillité pour Jacqueline. Les idées noires se bousculent jusqu’au moment où elle décide qu’il faut empêcher la vente. Toutefois, elle n’a plus les moyens de l’acheter. Si elle tue Madeleine, le temps de la succession peut offrir un sursis. Mais, s’il y a une mort violente dans les lieux, la vente devient encore plus difficile pour plusieurs années. À son âge, ce sursis serait suffisant.
Et Jacqueline cogite sur la meilleure façon de tuer sa voisine…

La recherche de la meilleure manière d’assassiner cette femme occupe une belle place avec les obstacles que la future meurtrière rencontre. En effet, il faut que cette mort ne donne pas lieu à quelques soupçons de crime, qu’elle ait l’air le plus naturel possible. La pendaison semble, très vite, la meilleure manière de tuer, pouvant être le simple suicide d’une femme qui se sait atteinte d’une maladie incurable. Mais Jacqueline, après un essai, se rend compte qu’elle n’a plus la force de soulever un corps pour le pendre.
Le romancier ne s’arrête pas à ce projet et ajoute d’autres intrigues qui viennent contrarier le plan initial. Il installe ainsi une suite de péripéties hautes en couleur, d’une belle richesse inventive, où le cocasse le dispute souvent au tragique.
L’intrigue se déroule au Canada où l’auteur réside. Il use de ce vocabulaire si attrayant du pays et désigne ainsi nombre de situations, de réflexions, d’outils et d’ustensiles.

L’écriture est précise, le rythme enlevé et le style plaisant à lire. La galerie des personnages, bien que restreinte, est conçue avec une belle précision et une grande rigueur. Tout est pensé avec justesse que ce soient les détails physiques, les conditions climatiques, les caractères et profils psychologiques.

La Sainte Paix se révèle bien difficile à atteindre pour l’héroïne, pour qui on s’attache malgré ses noirs desseins. Un roman très plaisant à lire pour le ton général et son intrigue parfaitement construite.

André Marois, La Sainte Paix, Éditions 10/18 n°6136, coll. Polar, mars 2026, 192 p. – 7,80€.

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