Tueur à gages

Tueur à gages

Suffisamment de qualités dans ce DVD pour passer un moment agréable

Ce film datant de 1942 est entré dans l’histoire du cinéma pour avoir révélé le talent d’Alan Ladd (débutant devenu star du jour au lendemain), et pour avoir inspiré à Jean-Pierre Melville le protagoniste de son Samouraï.
Une légende tenace veut qu’il y ait de grandes ressemblances entre les deux films ; à visionner Tueur à gages, on se rend vite compte qu’il n’y en a guère. De fait, si le tueur joué par Ladd est initialement présenté comme silencieux et impassible, il devient vite plus bavard, allant jusqu’à finir par raconter ses cauchemars et ses traumatismes d’enfance à l’héroïne (Veronica Lake) qu’il ne connaît pratiquement pas. Il s’explique également sur son amour des chats, et son comportement prend une tournure complètement invraisemblable (typiquement hollywoodienne) dans la dernière partie du film, qu’on ne racontera pas par égard pour les lecteurs qui voudraient le découvrir.

Les invraisemblances abondent à tous les niveaux de l’intrigue qui mêle les données du film noir, de l’histoire d’espionnage et du drame romantique. Si Tueur à gages se laisse regarder avec plaisir malgré les grosses ficelles de son scénario (tiré d’un roman de Graham Greene), c’est grâce à la mise en scène – conventionnelle mais efficace et assez esthétique -, et surtout grâce au couple plein de charme que constituent Lake et Ladd, tous les deux meilleurs que les autres interprètes : jouant plus finement, d’une manière moins datée, proprement captivante dans certaines scènes.
Les séquences de cabaret où l’héroïne fait des tours de magie tout en chantant sont délicieuses et produisent un contraste très réussi avec l’action brutale à laquelle elles sont incorporées. C’est là une des rares originalités du film ; l’autre consiste dans le choix, peu courant à Hollywood dans les années 1940, de rendre le tueur de plus en plus sympathique, voire attendrissant.

On ne saurait classer Tueur à gages dans les chefs-d’œuvre, mais il a assez de qualités pour faire passer un moment agréable aux spectateurs qui aiment les films d’action, et il intéressera les cinéphiles, permettant de voir tout ce qui fait la différence entre un bon réalisateur comme Tuttle et un grand comme Melville.

agathe de lastyns

Franck Tuttle, Tueur à gages, Universal, juin 2010, 1h30, 13,99 €

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