Le discours de la méthode : entretien avec Elisa Rafaël

Le discours de la méthode : entretien avec Elisa Rafaël

Tout dans le travail d’Elisa Rafaël demeure aporique – par effet de détail ou d’effacement. Le texte ou l’image est décomposé et recomposé selon des approches différées et des « mises en scènes » d’une complexion subtile où la « matière », quelle qu’en soit la nature, tient son rôle.
L’épreuve de la suggestion permet de retrouver l’essence même des langages. Ils n’obéissent plus à un traitement linéaire ou mécanique. Chaque œuvre devient un miroir paradoxal. L’image « rêvée » est remisée. Même l’image photographique joue soudain le rôle d’une germination de réserve et de symbolisation. Emerge une « partition » éloignée de ce qu’une telle monstration généralement appelle. Au sein d’assemblages sauvages et élémentaires, tout se passe comme s’il fallait éviter une lecture purement abstraite ou à l’inverse naturaliste.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le dasein.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je m’y destine.

A quoi avez-vous renoncé ?
Ces moments pour lesquels le silence est d’ores et déjà accepter  que tout ne dépend pas d’un soi, unique.

D’où venez-vous ?
Dijon.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Hacker ? Toute une Histoire, de l’Art.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Baudelaire… Ce que je m’enfume à tout vent.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes et écrivains ?
Tout de cela ne définit de moi que ce point commun, d’artistes, écrivains, autant dire d’auteurs.

Comment définiriez-vous votre approche des divers langues ou arts ?
Pluridisciplinaire ?… Le pluriel, pour ce que commun, est une discipline, un enseignement.
Un auteur est un soi de part, d’autres.
Chaque idiome appartient à un même instant adéquat.
Il s’agit d’être de soi la patience, une expérience autre qu’un vide, ce caractère, ce que sidère un vide, une réelle considération.
La patience est un silence en ce qu’écrire est d’ores et déjà une manière de musique de soi,
se consacrer à la désillitude.
De l’anglais, dirait Stendhal, Mixmedia, pour ce que je tiens journal, de board.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
En d’autres termes ? Ceux du particulier ? Ceux de la peinture ? Du dessiné ?
Je suis terriblement anecdotes…

Et votre première lecture ?
Sérieuse, Baudelaire. Si jeune.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Smog. Frusciante. Si je dis Smog, c’est qu’à l’heure actuelle, il est in-certain de poursuivre sous sa réelle identité.
Les musiciens, quel que soit leur relief, sont autant passionnés que nous autres, artistes dit-on plasticiens.
Contemporains.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Lire, C’est Relire » ! Paul Valéry !
Hormis ce pas de danse, de Barthes, de Blanchot, de chaque auteur, ce palimpseste, d’une lecture qui n’est d’autre que ce fait, de vivre au constant, ce degré, la connaissance.

Quel film vous fait pleurer ? Le cinéma est d’autant plus profond lorsqu’il est à relater.
Je perçois et conçois en termes de concept et de faire, mes images d’un instant, un mouvement, une brève décision.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
L’instant.
De Stendhal, une longue route, pour écrire un roman et perdre par-delà l’imaginaire, le réel, de l’Etant.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Bill Callahan ! C’est fait !

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Los Angeles.
Désormais, je sais que des villes comme Montréal, ou Miami, tiennent la promesse de leurs rêves, d’autant profonde valeur, cette sympathie, une philosophie, pour Karl Jaspers.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Richard Tuttle… Hanne Darboven… N’éclaire que ce en quoi l’Art est une méthode du jour le jour que l’on ne peut tenir en liste, si ce n’est en brève respiration.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
?

Que défendez-vous ?
La vie sous un rapport adéquat en termes de singularité. Bref, Spinoza. Il est essentiel de savoir être tranquille, d’avoir su préserver sa propre tranquillité comme éternel combat.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Certains répondent « Encore ! » à certains qui en restent sourds.
L’Amour est d’un certain à tout autre, un concerto, que le don de soi, ne représente pas sous les conditions d’une unique diction. La vie est un folio d’exemples à torts tels que ceux-là.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ?
D’un tel palimpseste, quelle portée ?

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Celle dont votre réflexion n’a pas encore engagé le réel potentiel ?
Ainsi demeure, l’in-fini, ce que d’autres termes ont pour valeur, l’infinité.

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard perret pour lelitteraire.com, le 30 juillet 2016.

Laisser un commentaire