Marc Petit ou le goût du travail abouti : entretien avec l’artiste

Marc Petit ou le goût du travail abouti : entretien avec l’artiste

Marc Petit interroge l’espace et le temps à travers ses sculptures. Elles sont des métaphores tragiques de l’être et deviennent le lieu de son arrachement en une sorte de change. L’artiste sait que tout individu est lié à un monde qu’il ignore : rien de plus urgent que d’en tenter l’anatomie.
Mais au-delà de la douleur, ce que le créateur ouvre comporte bien sûr un plaisir ou mieux : délivrance, déplacement, retournement, projection. Les formes détournent d’un simple état physique vers son dépassement. Marc Petit fait donc surgir « de » l’autre : notre double, notre trouble. Tandis que le néant enlève le corps, l’artiste le métamorphose. Il reste ici en force en dépit de ses failles.

Entretien :

D’où venez-vous ?
Je suis issu d’une famille d’artisans.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le goût du travail abouti.

Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?

L’espoir de me nourrir avec pendant 15 ans.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Rouler ma première cigarette à l’atelier.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Mon optimisme … Je plaisante, je ne sais pas.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Le centaure du parc Olivier de Magny à Cahors, j’avais 7 ou 8 ans.

Et votre première lecture ?
« Poule Rousse » est mon premier souvenir de lecture. Plus littéraire et un peu plus tard, « Le Diable et le Bon Dieu » de Sartre.

Pourquoi votre fascination vers les corps « torturés » ?
Ils conservent toute leur humanité et se montrent dans leurs vérités nues mais je crois quen dans ma sculpture, ils sont plus meurtris ou abîmés par le temps que torturés.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Du classique … avec un faible pour le Requiem de Fauré ou le Stabat Mater de Dvořák … Mais aussi Jimmy Hendrix ou les Stones … et je suis fan de Arno.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Voyage au bout de la nuit » de Céline.

Quel film vous fait pleurer ?
« La Strada ».

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Quelqu’un qui vieillit.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A un ministre de la culture pour lui dire tout mon chagrin.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Lascabanes, un petit village lotois, berceau de ma famille maternelle où je serai enterré.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Germaine Richier, Robert Couturier, Gillet … Rustin … et tant d’autres …

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un livre ou alors… Un triptyque de Bacon.

Que défendez-vous ?
Ma liberté.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
L’impuissance peut être productive.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
C’est de l’optimisme à toute épreuve.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Qu’espérez-vous pour demain ?

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com,  le 9 février 2015.

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