Mika Biermann, Mikki et le village miniature
Un bien minable mais bienveillant dieu
Mika Biermann possède un immense mérite : il prend les images et le réel perpétuellement à revers pour une fête à noeud-noeud. Ses angoisses se métamorphosent de couleurs acides, sa petitesse en démiurgie. Pour lui (et pour le lecteur), il s’agit de s’offrir un supplément de joie en descendant dans « le tombeau des siens » (Mallarmé) ou plutôt dans leur cave afin d’habiter la maison de son être en couturier du réel « filé » par l’imaginaire selon un « recup-vie » (comme il y a un « récup-art ») élaboré, drôle, jubilant, horrible et poétique.
Dans le sous-sol de la maison reçue en héritage, l’auteur a découvert un monde en maquette où soudain ses rêves bourgeonnent, grandissent, se multiplient, se répandent, engendrent divers personnages improbables. Le lecteur les prend par la main pour se promener avant qu’ils éclatent de rire ou en sanglots puis de s’endormir.
Dans ce village miniature, les heures flottent. Des travaux divers se succèdent tandis que la lune répand ses langueurs fraîches sur le sourire qui pourrait être celui d’une chartreuse contemplant tout cela d’un oeil averti. Elle accompagne son maître lorsqu’il fouille dans des rues et maisons, histoire de créer un univers ou au besoin juste une « boîte » des nuits et des jours. Une boîte à rire ou à sourire, à pleurer ou à pleurer de rire, à existence sans pareille, à lyre et à relire. Bref une boîte à malices et à Alice (de Lewis Carroll). Le tout dans un style dentelé, ironique et dont le merveilleux console du peu les galériens que nous sommes.
Les serpents charment, les oiseaux pilotent, les coquilles respirent. D’assignés à résidence, nous devenons les pèlerins d’un monde vivifiant, bénéfique. La vie se réinscrit sous le sceau du nonsensique proposé par l’auteur. Il permet de glisser entre les mailles du filet des apparences. Et c’est ainsi que les fantômes de Biermann descendent de sa tête pour s’accrocher à des cintres où il les pend. Une suite de dentelles à autre vie, à autre temps dans l’acidulé et le tendre pour un festin d’elfes est omniprésent.
jean-paul gavard-perret
Mika Biermann, Mikki et le village miniature, P.O.L éditeur, 2015, 352 p. – 18,00 €.