Jehan Van Langhenhoven, Leila et le lanceur de couteaux
Pointes rarement sèches
Jehan Van Langhenhoven est un garnement. Il est plus exactement l’expert acidulé pour – et sous la voix de son héros – suivre les prétendus bouleversements de son existence dont la postérité est cultivée de son vivant. Et c’est une bonne occase chez l’auteur pour évoquer l’histoire d’un tel frangin populaire comme son nom le précise : Jo Populo. Piéton de Paris jusqu’au bout de sa vie (à savoir Le Père Lachaise) qui est toujours prêt à tout. Surtout, s’envoyer en l’air avec sa Marie Laurencin sur la table de cuisine (tout en mangeant des éclairs au chocolat). Et ça ne mange pas que du pain pour entrer de mauvaise ou bonne grâce littéraire aux côtés d’un tueur approximatif aux rêves trop lourds et aux poings trop frêles jusqu’à tomber K.O. plus que O.K. en un ring devant les yeux de Leïla…
Un tel roman est tout sauf un sombre mélodrame où un corps encadré de poignards, crucifié à la grande roue chaque soir au Body-God, va se transformer en impitoyable machine à vengeance. Si bien que sa belle jouvencelle et « victime » (du devoir) pavane sous sa crinière, devenant lionne en un face à face qui n’a rien d’un duo des nonnes.
Mais Jo Populo reste un poète. Il a jusqu’au bout la grâce du verbe. Qu’importe le tohu-bohu d’horions distribués par ou pour Leila, Beau Dodo, Monsieur Eddy, Asia, etc., – quitte à aller assister là l’exécution de son amour de jeunesse. Mais il faut que vieillesse se passe (un peu).
Toutefois, la vie (comme la littérature) devient un simule âcre – sagaie sous la gorge ou quand des alligators piaillent et hululent dans un escalier – histoire de finir en paix. Et ce, non sans grande révérence pour que le héros finisse en pièce (de boucher).
Evitant être le sot des anges, Populo se veut killer aux pépins ruisselants. Il donne pourtant sa leçon de vie : elle chasse la vertu et combat l’insoumission des têtes indociles. Le héros fait couler le sang avant de couler à pic eu égard à ses reines de cœur.
A l’abri des mots de Jo au lyrisme particulier, tout lecteur découvre de beaux secrets de l’invisible. Rien n’abrège l’espérance et l’orgueil. Vivre, se dit Jo, c’est un peu de bruit et de fureur. Histoire de se regarder, nous-mêmes comme lui, soit en noumènes, soit en exécuteur des heures. Tôt ou tard, le lointain redevient proche. Et finalement c’est un hommage, par la bande – si l’on peut dire – à Leila la tigresse.
jean-paul gavard-perret
Jehan Van Langhenhoven, Leila et le lanceur de couteaux, éditions Douro, coll. Le Bleu Turquin, Chaumont, 2026, 122 p. – 18,00 €.