Marie-Anne Bruch, L’Odre des Choses & Arnaud Bourven, Une lumière si fine
Ecouter voir – bâtir l’exténuité
Pour Arnaud Brouven, une trace de foudre de lumière préserve dans son orgueil le néant de quelque forme. Pour Marie-Anne Bruch, cette lumière se frotte au réel non sans mal, d’autant qu’il est de plus en plus dur, chemin faisant.
Néanmoins, les deux poètes répondent souvent à une sorte d’utilitarisme : il faut fournir notre société en images et lumière. Tout en refusant des miroirs complaisants, ils laissent le monde aussi désolé et convenu en leur praxis. Si bien que leur deux langages, loin de discours savants à la mode, libèrent le monde de formes anciennes et périmées.
Certes, la part du passé et de l’ombre reste irremplaçable. Mais pour ouvrir une autre vision, les deux créateurs n’ont pas forcément besoin de célébrer l’avènement d’une nouvelle galaxie. Leur double conception n’a rien d’un fantasme et ne retombe jamais dans le goût du simulacre et un formalisme légiférant, décidant de tout.
Leur mission ici est d’inspirer et de se connecter au pouvoir de la lumière et la force de la couleur des choses. Chacun d’eux crée entre « épaisseur et nudité » autant en un soir d’automne que dans notre passage sous des « soleils amarescents ».
Les deux poètes se frayent des chemins à travers les formes et leurs puissances. Le déjà vu disparaît là où ces créateurs ne se contentent pas de simples variations sur la répétition des découvertes. Existe supplément d’image d’un côté, supplément de réalité de l’autre, ils prouvent que l’imagination n’est pas morte.
Ici, la poésie n’est pas un “objet” sans aspérité ni surprises : elle se prête à des interprétations dans deux pratiques qui évoluent dans et avec le temps. Divers champs se croisent et leurs débordements poussent le langage dans ses retranchements en rappelant ce qui arrive ici : non une propension photographique mais une manière de décliner le réel en métamorphoses.
Sur ces deux expériences perceptives, chacun des deux se réfère à un contenu référentiel donné, et le punctum, qui renvoie à parfois la perception d’un détail – pour A. Bourven. Pour M-A Bruch, une valeur spatiale soulève la temporalité et l’attestation du pieux dans le réel. Le tout, au gré de la valeur entre l’ombre et la lumière entre deux chambres (de vision) à part.
jean-paul gavard-perret
Marie-Anne Bruch, L’Ordre des Choses & Arnaud Bourven, Une lumière si fine, La Lune Bleue, Trouées poétiques éditions, coll. Duo L, 2026, 40 p. – 12,00 €.