Sans sonnet
(Black magic women)
Il y a dans le mot ‘vue’ quelque chose à entendre selon les inflexions lyriques des sculpteurs africains. « One size fits all », pour eux comme pour leurs déesses, rappelle le « Guacamole queen » que chantait déjà Franck Zappa. Ces masques sculptés de bois dans la matière native désormais polluée ne sont jamais grotesques.
De tels artistes, dits à tort naïfs, chantaient en sculptant d’une tranquillité bizarre, avec un son écrasé, plat, étal. Il devint repère dans l’histoire de la musique. Car il y avait là quelque chose de la bifurcation chez les femmes noires ou métisses qui ont aménagé des brèches chez les colons par leur pouvoir, en devenant elles-mêmes des poupées vaudou conjuratrices.
Ainsi les autochtones (très souvent exilés) ont-ils créé en statues leurs dieux et leurs déesses sans l’ombre d’un doute et pour solde de tout compte (même si des femmes en ont payé le prix). Le tout, entre nostalgie et espoir. Mais afin que de telles Edwarda fassent partie de nous.
jean-paul gavard-perret
Photo : Jay Meisel