Infernus Johannes, Chagrins

Infernus Johannes, Chagrins

Spécialiste des contes moraux à haute teneur d’absurdité angoissante et plus que jamais d’humour, Johannes (Aka Antoine Volodine ) dans Chagrins assemble trois fictions dont le bruit de bien des ressacs travaille des nuit obscures et où des dragons se hissent hors du lac, piétinent les roseaux, écrasent la barrière de bambous qui enclot une maison, frappent au volet pour guise de réveil.

L’auteur – as des coups médiatiques – se veut sororal ou fraternel, mais ici l’amour ne peut plus transformer l’inquiétante réalité. Il est trop tard car des chagrins pèsent : « Je suis restée pétrifié plusieurs secondes. Trois, quatre, même pas cinq. Peut-être d’ailleurs des fragments de seconde », écrit l’auteur. Plus rien n’était normal. La mer ne peut pas s’arrêter de battre le rivage non de manière monstrueuse mais comme une aberration.

Dès lors et pour un tel poète surfait, « Si le bruit du ressac s’éteint brusquement, idiot d’aller imaginer un dysfonctionnement apocalyptique de l’univers. La raison est ailleurs. L’origine du dysfonctionnement est en nous, c’est nous. L’extinction du bruit se produit en nous et pas à l’extérieur. » Parfois, un fin brouillard se déplace en majesté sur la campagne mais ne forme pas une unique masse lourde et unie. Il glisse, comme le poète, doucement, sans tenter de se retenir, jusqu’au fond, fesses, cuisses, dos immergés jusqu’aux genoux dans les prêles croissantes, les nids de grenouille.

Infernus Johannes, Chagrins, Éditions de Minuit, 2026, 192 p. – 18, 00 €.

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