Ready Made
(Elle dort ado)
De l’amour, il s’en beurre l’abstraction. Certes, il fait les choses pour mettre le machin dans le truc (l’inverse est vrai aussi). Jamais néanmoins son monolithe ne s’effondre. Mais, dans son génie, il trouve un compromis entre théorie et pratique tant son coït est d’une simplicité connue. Il se présente sous l’aspect d’une complexité où il y a plein de détails. Mais les femmes ne les remarquent pas et trouvent là parfois plus un supplice qu’une source de sophistication.
Universitaire et universaliste, son totem prévaut. Il obéit au principe de Perrin où se trouve le secret refoulé de son phallus. Il ne doit pas être trop réel, car en prévalant il détruit la tension multiple qui peut le traverser. En conséquence, sa façon de pratiquer reste automatique en un principe d’autorité désigné comme exemple dans l’histoire des pratiques sexuelles.
Il dit que son style est l’invention épuisée mais c’est aussi un idiome identifiable et un gage de cohésion despotique où certaines femmes, à la place d’une découverte vivante, ne restent qu’une trace fossilisée. Si bien qu’en archéologie il s’enlise sur le terrain de l’amour où il distingue son outil et la source. Ses geste sont l’indice de dynamiques faibles, de durées étales, de motifs flottants et d’harmonies suspendues. Son engin de dimension concrète devient l’idée d’un noyau mythique ou d’unité sans mode.
Mais il garde ses principes. Il se veut dominant et qu’importe les vagins et leur taille. Son allure s’y déploie dans son avancée serpentine. Des femmes restent infatigables. Mais à mesure de ce qu’elles ne cessent d’attendre, tout finit parfois non en guise d’orgasme mais de martyr. Voire feindre le premier ou pleurer enceinte.
jean-paul gavard-perret
Photo : Mélanie Ramon