Nikos Nikolopoulos, Et Athènes brûlait
Un portrait dévastateur de ce beau pays !
Avec ce thriller, le romancier signe un ouvrage sombre où la fiction tangente si intimement la réalité qu’on a souvent le sentiment de lire des articles journalistiques sur le délabrement écologique et gouvernemental de la Grèce d’aujourd’hui.
Ce 9 septembre, un homme se rend à Eleusis, à une vingtaine de kilomètres d’Athènes, pour rencontrer Stamatis, un militant écologiste en chaise roulante. Cet homme subodore qu’il veut en savoir plus sur Takis Starkos, ses liens avec la Chine. En route, il voit des policiers s’acharner sur un corps humain à terre. Voulant intervenir, il est stoppé par un jet de Taser et bascule en arrière.
Dans le SUV de patrouille, Evguenia se fait traiter régulièrement de Russe par ses collègues, alors qu’elle est Grecque. Quand elle voit l’un d’eux revenir, demander à décamper et qu’elle entend une explosion qui déclenche l’incendie des pauvres baraques de jeunes Afghans, à leurs regards, elle comprend qu’elle doit se taire.
Dans le golfe Saronique, ce pêcheur ne ramène que quelques sardines et anchois, surtout des sacs plastiques, bouteilles et débris divers et variés.
Popi se réveille difficilement pour répondre à son époux qui se trouve en mission à Los Angeles pour l’Ephorie archéologique d’Athènes. Elle vit mal un problème de maternité qu’elle refuse. Elle travaille au Service national du Renseignement et le patron a convoqué toute l’unité. Il les informe d’un projet d’attentat contre Takis Starkos, le ministre de l’Énergie et de l’Environnement, dans lequel tremperait Stamatis Toundas. Celui-ci appelle à la vengeance contre ce ministre inféodé à l’armateur étatique chinois Cosco. Cette société continue de détruire le littoral pour étendre le port marchand du Pirée, déverse des boues toxiques dans les eaux poissonneuses du golfe Saronique…
Et Popi se retrouve déchirée entre pouvoir et conscience, elle qui est écolo dans l’âme, car le passé plus que trouble du ministre et de son père, avant lui…
Athènes est cerné par les flammes, par des brasiers qui semblent incontrôlables et qui font pleuvoir sur la ville cendres, fumées plus ou moins toxiques, chaleurs supplémentaires et angoisses. L’auteur décrit une Grèce au bord du gouffre avec ces incendies titanesques, la pollution générée par Cosco, cette extension chinoise qui possède le port du Pirée livrée, en 2016, par les pseudos-experts du FMI. Comment peut-on penser qu’en privant une entreprise, un pays, de ses outils de production, de ses possibilités de travail, elles pourront se redresser? C’est inconcevable et on a atteint, ici, le fond de la bêtise le plus crasse.
C’est aussi la corruption systémique, celle de dirigeants économiques, politiques, qui ne pensent qu’à faire grossir leur compte bancaire dans les paradis fiscaux. La pollution des eaux maritimes pousse les pêcheurs vers la misère, les violences policières contre les migrants ces coupables rêvés contre tous les maux. C’est l’usage contre les manifestants : « …une vraie merde, un gaz made in Israël. » Et le plus terrible, c’est que le romancier met en scène une réalité documentée, use de la fiction pour mettre en lumière ce qui est dissimulé par les rapports officiels sous pression.
Pour faire vivre ce récit, il installe une intrigue forte portée par une galerie de personnages remarquable que ce soit Popi, l’héroïne, Evguenia la policière, Stamatis Toundas, l’activiste écologique, Evangelos, l’homme qui au début du livre est en route pour rencontrer Stamatis. C’est un ancien militaire au passé trouble…Tous sont emportés par un compte à rebours de dix jours.
Entre thriller écologique et état des lieux, Nikos Nikolopoulos compose un récit solide où l’intrigue subtile se conjugue avec une analyse politique qui montre un pays dépossédé de ses biens, un Etat soumis aux intérêts privés. Il offre une analyse froide d’un pays qui flambe, littéralement et symboliquement, où chaque destin semble courir vers la catastrophe annoncée.
serge perraud
Nikos Nikolopoulos, Et Athènes brûlait, L’aube, coll. Noire, mai 2026, 352 p. – 20,00 €.