Si mule âcre

Si mule âcre

Avec ta beauté des femmes languides haïtiennes et maghrébines, tu es de sang bleu, alambiquée, canaille et de haute culture. Ton amoureux se dit appartenir à la constitution de l’existence de l’homme. Il s’autocongratule, symbole du monde et crée son monument dans le cours des choses et par tes parenthèses ou tes séquences. Son plaisir se crée en un continu faussement discret.  Il a trouvé en toi son pays des joujoux. Sa liberté consiste à disposer de ton existence sans l’obligation de donner sens au temps qui te fait exister.

Absolument libre, tu l’amuses et il plaisante jusque dans un ton abyme car sa vie biologique exige divertissement et délassement tout en dénouant provisoirement ton angoisse du chaos et pour, au besoin, déployer ton enfance par la force du commencement et recommencement en son théâtre du monde.  L’essence de son jeu n’est pasde faire semblant mais de le faire encore une fois. Et ta nature cosmique suppose l’alternance réglée de ses apparitions et ses disparitions au fur et à mesure que l’histoire se déroule. C’est un kabuki où le  temps semble parfois se dilater et se suspendre.

Mais comprend-il vraiment que tu n’es pas l’image de toi-même mais la femme essentielle ? Quitte à s’amuser du matin jusqu’au soir où il te met dans ton lit,  il recommence par l’espoir qui organise ta vie. Ça a un mot : c’est l’existence.

Photo : Richard Avedon

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