Oblomov (de LM Formentin d’après Gontcharov / Jacques Connort) – Avignon 2026 

Oblomov (de LM Formentin d’après Gontcharov / Jacques Connort) – Avignon 2026 

Entrer dans la chambre d’un nobliau russe d’un autre temps (lui) et s’y trouver honteusement comme chez soi (nous) : autoritaire, impuissant dans son vouloir, hargneux et ingrat à la vie, toujours à rejeter la faute sur l’autre, comme une nécessité sauvage et archaïque. Une scène d’où ils nous regardent (eux), une scène entre théâtralité et rêve secret. Oblomov accuse son domestique (l’autre) de ses propres atermoiements. Il n’est pas anémié, il est harassé par l’ampleur de toute activité, susceptible de décourager la meilleure volonté (soi).  Soumis à sa propre impéritie, il se plaint et s’en remet à un repos salutaire. Hanté par la difficulté des choses, celle même de vivre (cela).  

Peut-être, dès lors, comme chacun de nous, assume-t-il ses répliques dénégatrices, victime de la pesanteur du monde. La pièce court alors trois pistes : politique (impliquant le propriétaire et son domaine), théâtrale (montrant le valet et son maître), existentielle (faisant resurgir l’enfant et sa mémoire, amoureuse et filiale, blessée). Le héros couché peut bien développer des velléités de réaménagement de ses terres, se rappeler par la mémoire du serviteur les bonheurs manqués d’une autre vie. Epousant l’inertie du réel, il développe une métaphysique de l’existence difficultueuse : toute initiative en vaut bien une autre, et seuls ceux qui entreprennent, agissent, s’engagent, se révèlent responsables, et par suite coupables.  

C’est une louable adaptation du roman, qui peut nous emporter, mais se révèle au bord de l’aboutissement. Le propos est concis et efficace ; la mise en scène est sobre et bien sentie. Mais elle pourrait davantage faire ressortir l’aspect fantasmatique de la situation en jouant sur le décalage des proportions. Les murs de la chambre sont assez proches du bord de plateau, et le lit occupe une place centrale, un écrin voluptueux entre nid et glue. On peut saluer un renouvellement de la lecture de Gontcharov, mais déplorer des partis pris scénographiques insuffisamment assumés. Par exemple, on rêve d’une représentation plus ouverte à la scène inconsciente, autour de la lettre comme objet transitionnel, marqueur à la fois toujours manifeste et néanmoins introuvable de procrastination, stratégie éculée de défense, exhibition de non-faire. 

Le propos de l’œuvre est réduit à un dialogue ; les deux personnages se montrent expressifs, habités, incisifs. Yvan Varco notamment compose un remarquable domestique, plein de hauteur, de pugnacité et d’affection. Il incarne une rigueur narquoise, sertie dans un costume, comme échaudée par la vieille dépendance au maître. Ce dernier reste campé en robe de chambre, d’une élégance négligée, surannée, décadente. Le maître et le valet, tous deux la chair blanche de ceux qui ne travaillent ni ne sortent jamais, l’un à l’autre, aiment à s’accuser, s’accusent de s’aimer. Soudain, Zakhar endosse magistralement le rôle de la gouvernante, nous permettant de porter un regard tendre sur son maître. Il convoque l’amour infini et toujours manquant d’une mère et l’inaccessible amour d’une femme dont on se sent aimé, qu’on rejette faute de pouvoir commencer de s’aimer. Une remarquable interprétation.  

de LM Formentin d’après Gontcharov 

mise en scène Jacques Connort

avec Yvan Varco et Alexandre Chapelon

Scénographie Jean-Christophe Choblet ; costumes Hélène Foin-Coffe ; assistante mise en scène Philippine Delormeau. 

Au théâtre des 3T, Les Platanes, 7 rue Louis Pasteur 84000 Avignon 04 84 14 37 84  

Du 4 au 25 juillet à 18h45, durée 1h15, relâche les 9, 16, 23 juillet. 

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