Souvenirs d’un jeune homme (Jean Anouilh / Emmanuel Gaury) – Avignon 2026
© Alejandro Guerrero
Récits facétieux du dramaturge amateur
Sur le ton de la harangue, avec un peu d’emphase, deux personnages se partagent la narration, comme s’ils se disputaient l’initiative. Ce sont des anecdotes cocasses, qui tendent à donner une image plaisante de l’époque de l’entre-deux guerres et de l’étudiant qui s’inscrit de façon chaotique mais joyeuse dans la vie active. D’abord réclamateur (chargé de répondre aux réclamations des clients), puis publicitaire en herbe, il devient assistant au théâtre. Des souvenirs de Jouvet, de Raimu, de Pitoëff, de Dullin, de Bouquet qui surnagent dans la précarité de la vie théâtrale. En émerge une jolie définition de l’art dramatique comme goût de faire semblant, de se prendre au jeu, comme des enfants qui savent se dire “on dirait que…”
Les éléments du récit de son passé sont présentés par l’écrivain à deux voix, ce qui dynamise le propos. Le narrateur présente les situations dans lesquels il s’est senti socialement humilié, mais reste sur le ton de la facétie, faisant de sa vie une suite d’événements burlesques, même quand ils traversent la menace de la guerre.
Un spectacle nourri, léger certes, comme les textes de Anouilh, mais amusant et nous faisant revivre le temps d’il y a cent ans, fait d’inventions naïves et de candeur heureuse. Gaspard Cuillé et Benjamin Romieux s’amusent de leurs propos, jouent de leur complicité pour donner au public l’image d’une farandole sautillante, qui n’a pas tant vocation à nous édifier qu’à nous distraire.
christophe giolito
Souvenirs d’un jeune homme
d’après Jean Anouilh
Un spectacle imaginé par Gaspard Cuillé et Benjamin Romieux
Mise en scène Emmanuel Gaury
Avec Gaspard Cuillé ou Emmanuel Gaury, Benjamin Romieux
Lumières Alireza Kishipour ; musique Mathieu Rannou.
Au Théâtre du Petit Louvre, Salle Van Gogh, 23 rue Saint-Agricol 84000 Avignon
Du 4 au 25 juillet à 13h10, relâche les jeudis 9, 16 et 23 juillet Durée :1h05
Co-production Compagnie du Colimaçon, amap production.
En partenariat avec le Théâtre de Poche-Montparnasse
Le texte de la pièce est publié sous le titre La vicomtesse d’Éristal n’a pas reçu son balai mécanique aux éditions de la Table ronde en 1987 et En marge du théâtre aux éditions de la Table ronde en 2000.