« Zodiaque entomologique » sous canicule

« Zodiaque entomologique » sous canicule

Quand la canicule s’invite chez vous – sans que vous l’ayez demandée, contrairement aux touristes héliotropiques qui sont punis par où l’enfer les a dépêchés (en v’là du soleil !) –, vous êtes achevé sur votre canapé, à humer l’absence d’aquilon et d’aiguillon pour vos désirs. Vous vous mettez à rêvasser à l’origine de la sueur et de l’univers.
Pour les Chinois, la cosmogonie s’incarne dans Pangu, qui fit de ses yeux la lune et le soleil, et de ses poux, les êtres humains. Je ne sais pas ce que donne un pou à 40 degrés à l’ombre, mais je m’amuse à penser à L’astrologie des insectes de François Mourelet, livre d’une drôlerie infinie, où tous les Jacky de la terre sont « comme les autres, c’est-à-dire pire ».

Dans ce « zodiaque entomologique », « vous comprendrez que la vie est une vallée de larmes et que vous vous trouvez dans la partie la plus humide ». Mourelet nous apprend que cette arche d’alliance a été tenue secrète durant des siècles, bien que des traces « astrologiques » aient été découvertes dans les grottes de Lascaux et d’Altamira. Pourquoi ce mystère ? Pour rien, comme tout ce qui fait fuir l’intelligence ! Pourtant, l’écriture cunéiforme ne ressemble-t-elle pas à des « pattes d’insectes » ?
Armé d’évidences d’une nature si palpitante, Mourelet nous retrace l’histoire fascinante de la « langue insectueuse », belle comme la lingua ignota per simplicem hominem Hildegarde prolata, qui associe l’équivoque et son contraire, le chiffrement et un glossaire transparent, dans le souci permanent de dévoiler la question du Dasein de l’insecte et d’admettre enfin que « la Joconde est, tout simplement, un cafard transfiguré ».

Ainsi, il devient évident – entre autres choses – que « le célèbre sourire n’est possible que parce que, dans la composition de la mâchoire de Mona Lisa, entrent tous les éléments des mandibules de la blatte », radiographie du tableau à l’appui. Le zodiaque lui-même est une merveille de compréhension de ce que l’humanité a de plus merveilleux en son sein. Le signe de la Mouche, par exemple, « résout l’énigme de sa propre existence en fourrant son nez dans les affaires des autres », ne suivant nullement l’adage de Oscar Wilde qui conduirait absurdement à vivre pleinement sa vie, « celle des autres étant déjà prises ».
Par cette litanie caustique, Mourelet chevauche les âmes : par exemple, le « natif de la Puce… est attiré par le sexe masculin, qu’il soit mâle ou femelle ». On croise Ambroise Bierce et Octave Mirbeau, caracolant qui sur un taon qui sur un doryphore, fustigeant la punaise qui « a l’art de bâtir des raisonnements rigoureux sur des bases fausses avec des arguments tordus ». Les rires sont comme des chenilles processionnaires : ça excite et irrite positivement. Ici, même le nihilisme prend des allures de grand-voile ; même le crottin abuse le bousier, qui est « une sorte d’ouragan qui fait flop… idéal pour ceux qui apprécient le manque de fantaisie, les éjaculations précoces ou les cris de souris dès la première minute ».

Ce zodiaque des insectes allie les âmes mortes de Gogol et les péripéties de détrousseurs de cadavres dans une atmosphère qui n’a pas une gueule d’atmosphère, mais de longue ironie en forme de « furonculose » enjouée. Loin du taon qui s’apparente « au niveau du ridicule, à l’abysse dans le typhon », Mourelet nous enchante avec ces dadais à six pattes qui donnent le sentiment irénique d’être des bestioles bipèdes.
Cela tombe bien, car, en plus de cette somptueuse astrologie, Mourelet nous régale avec son Thiers 1er, pièce de théâtre qui évoque les prémices de la Semaine sanglante lors de la Commune de Paris. Reste à savoir à quelle espèce d’insecte appartient cet Adolphe qui s’inquiétait de sa porcelaine et de son bel escalier alors que Vallès, armes à la main, insurgé survitaminé, grand écrivain, hurlait que « la mort n’est pas une excuse » comme si la vie en était une !

François Mourelet, L’astrologie des insectes, Atlande, 2015, 75 p.

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