Jean-Claude Bélégou, L’Imposte

Jean-Claude Bélégou, L’Imposte

Jean-Claude Bélégou nous le rappelle : « le cinéma est issu de la photographie. Les travaux de Marey en France, ceux de Mybridge aux USA, sur la décomposition des mouvements ont assuré la transition d’une technique à l’autre. » Mais il précise que sa photographie, ou héliographie comme Niepce l’avait baptisée, est la captation des rayons lumineux sur une surface sensible, de quelque nature qu’elle soit, chimique ou électronique. Bref, le cinéma capte les déplacements de rayons lumineux, incidents ou réfléchis, dans un temps donné. Ou si l’on veut, le cinéma inscrit un parcours à l’intérieur d’un espace dans une certaine durée. Que ce parcours soit celui du cinéaste dans un espace fixe ou le parcours d’un élément de l’espace dans une durée circonscrite et un point de vue fixe.

Pour Bélégou, le mouvement est le parcours, dans un temps donné, d’un espace donné. « On se rappelle les paradoxes de Zénon d’Elée. Ce que le préfixe ciné rappelle étymologiquement. », précise-t-il. Les sources du cinéma, il les remet à nu par ce très court métrage L’Imposte où il filme la trajectoire de la projection, au travers d’un vitrage, d’un rayon de soleil sur un mur, en un seul plan-séquence fixe, accéléré au montage. Certes, ce mouvement n’est qu’une illusion car « nous le savons, ce n’est pas le soleil qui ici se déplace, mais le mur (et le plan n’est fixe que parce que la caméra se déplace avec lui) et toute notre Terre. », ajoute-t-il. Preuve que le « ça tourne » est précisé ici par une citation de Rivette :  « Ça tourne comme la terre autour du soleil ! » Et ici : Espace, temps, lumière et mouvement se concentrent en deux minutes de « pur cinéma ».

Ce procédé laisse entrevoir, dans le faire ou dans la forme, les signaux faibles où le monde est dans la boîte cinématographique  dans la fabrication d’une tension concentrée à ceindre le cinéma dans tous ses états – tout autant consistants, profonds que plein de secrets. L’image flotte, insaisissable et en surface en une telle avancée qui n’est pas sans offrir un retour d’attention vers la distinction husserlienne de la fonction de manifestation et de la fonction de signification de l’image. Il s’agit de mettre à nu le pouvoir invisible de forces contraires. Il n’existe plus de pensée de survol. Elle est dans et par l’image.

Jean-Claude Bélégou, L’Imposte, court métrage 2025, film sélection officielle du Festival International du film de Nancy Juin-Juillet 2026, section labo/cinéma expérimental. Projection Salle Sadoul le 28 juin 20 heures.

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