Ugo Nespolo, De la peinture à la peinture. L’art de la citation (exposition)
Du Pop art à la céramique
Le thème de la citation et de la réécriture des grands maîtres, déjà présent dans Le Musée de 1975, revient ici avec De la peinture à la peinture. L’art de la citation. L’exposition, organisée par Daniela Ferrari, propose 150 œuvres de près de quatre-vingts artistes et explore le dense réseau de références, de citations et de réécritures qui traverse l’histoire de l’art moderne et contemporain, de Giorgio de Chirico à Andy Warhol en passant par Ai Weiwei.
Nespolo apparaît dans la dernière section de l’itinéraire, celle consacrée aux Avid Dollars du Pop Art et des médias de masse, avec son Marilyn de 2025, des réinterprétations de la célèbre sérigraphie warholienne qui confirment que le dialogue avec Warhol n’a jamais été interrompu, restant vivant et productif des décennies plus tard.
Sa production, celle d’un des artistes italiens inclassables de la scène contemporaine. Peintre, cinéaste, céramiste, scénographe, scénographe, écrivain, a été caractérisée dès le départ par une marque accentuée ironique, transgressive et ludique, pour un sens du plaisir personnel qui a toujours représenté une sorte de marque de fabrique.
À Turin, Nespolo a obtenu un diplôme de littérature moderne à l’Université avec un mémoire en sémiologie qui n’est pas un détail biographique secondaire. La sémiologie restera une clé constante dans son œuvre : il questionne le fonctionnement des images, la manière dont elles citent, trompent et construisent le sens par stratification. Il entra en contact avec des figures décisives de la culture italienne dont le philosophe Gianni Vattimo et Edoardo Sanguineti, chef du groupe 63 et de la néo-avant-garde. Nespolo s’installa à New York dans les années 60 en immersion totale dans l’explosion du Pop Art et des courants conceptuels.
À son retour en Italie, il fit partie de la galerie Schwarz de Milan, qui comptait parmi ses artistes Duchamp, Picabia, Schwitters et Arman. Et dès sa première exposition, son univers est celui de la reconstruction objective où les objets et formes vivent dans le conditionnel et non dans l’indicatif. Il a participé aux premières expositions du mouvement Arte Povera mais sa trajectoire diverge car il vise la dématérialisation tout en ne renonçant pas à la couleur, à l’ironie, aux citations.
Il a ensuite créé une série de petits portraits-filmiques, des œuvres courtes qui isolent un moment, transforment l’artiste en un interprète anormal du langage visuel. Certains de ses amis artistes apparaissaient en tant qu’interprètes : Lucio Fontana, Enrico Baj, Michelangelo Pistoletto, Alighiero Boetti, Allen Ginsberg, Edoardo Sanguineti. Les titres disent tout : Merci Mamma Kodak, L’aventure galante du chevalier au visage heureux, Bonjour Michel-Ange, Boettinbianchenero. Et en 2015, Nespolo a été invité à la Tate Modern pour le débat qui a suivi la projection de Buongiorno Michelangelo dans le cadre du programme Arte Povera was Pop : cinéma d’artistes et expérimental en Italie années 1960-70. L’année suivante, le même cycle fut présenté au Guggenheim de Venise et au Centre Pompidou à Paris.
Nespolo a aussi approfondi son intérêt pour la pataphysique, la « science des solutions imaginaires » inventée par Alfred Jarry. Puis il s’intéresse à des matériaux inhabituels : incrustations dans des bois précieux, nacre, ivoire, albâtre, argent, porcelaine. L’Arbre aux Chapeaux est né, puis produit en série comme meuble. La frontière entre l’art et le design commence à devenir pour lui un territoire à habiter, non à défendre.
Enfin, la céramique est un chapitre en soi dans sa production. Il a participé au Festival international de céramique à Shigaraki, au Japon mais tradition Albisola a toujours exercé une attraction particulière sur lui : Albisola est le lieu où, dans les années trente, le futurisme trouva l’une de ses expressions les plus originales en céramique, avec Tullio d’Albisola et toute la scène qui l’entourait, y compris Lucio Fontana. Pour Ugo Nespolo, la céramique n’est pas un simple soutien, mais un champ d’expérimentation où la couleur devient substance.
jean-paul gavard-perret
Ugo Nespolo, De la peinture à la peinture. L’art de la citation, MART de Rovereto du 13 juin au 1er novembre 2026.