Denis Dommel, Morts à l’appel
Morts à la pelle…
Gilbert Massenet est ravi de son nouvel achat, une arme de chasse remarquable. Il vient, malgré la distance, de tuer un chevreuil quand son téléphone vibre. Malgré le fait que son interlocuteur soit inconnu, il ne peut, en tant que directeur de l’agence Audi Volkswagen de la région, rater un client. Et sa tête explose.
Rebecca Tandy, une journaliste, a pris du recul vis-à-vis de sa vie parisienne et, depuis deux ans, s’est réfugiée en province. Parce qu’elle n’a plus de moyens financiers, elle décide de revenir. Ses premiers contacts dans la presse sont décevants.
La tête d’une patronne d’une entreprise du CAC 40 explose dans son bureau. Un lobbyiste du secteur de l’armement perd sa tête dans un taxi en plein Paris. Rien de permet de faire des liens entre ces trois personnes. Les hautes sphères sont en émoi. C’est le commandant Sallers, qui se retrouve à la tête des équipes qui tentent d’enquêter, en lien avec la DGSI et la Gendarmerie.
C’est un informateur anonyme qui va mettre Rebecca sur l’affaire, lui fournissant des éléments pour des papiers qui trouvent, alors, preneurs dans des journaux.
Mais quand le président régional du plus gros syndicat agricole explose sa tête dans son tracteur, elle va devoir collaborer avec Sallers car…
Avec ce roman, son premier publié, l’auteur approche nombre de thèmes très actuels comme la vulnérabilité de nos sociétés ultra connectées, la surveillance numérique relativement défaillante. Il illustre parfaitement les difficultés de collaboration entre des services qui devraient concourir au même objectif, traquer la délinquance et le crime. Il montre la multiplicité des structures qui finissent par se marcher sur les pieds ou qui veulent défendre leur pré carré. Il en résulte une inefficacité déplorable. Il fait état, avec le parcours de Rebecca, des difficultés que rencontre cette presse traditionnelle en perte de vitesse par rapport à d’autres approches pour l’information.
Si son intrigue rappelle une opération dramatique authentique, il cite celle-ci et éclaire les différences. Celle menée par le mossad a demandé une énorme mise en œuvre, des moyens colossaux, des complicités innombrables, et surtout, elle a frappé en aveugle tuant des innocents, des enfants, des femmes.
Pour faire vivre une intrigue menée avec brio, il installe une galerie de protagonistes aux profils variés et construits avec précision. Des chapitres courts, soixante-quatorze, alternent les actions des différents intervenants, créant une mise en tension efficace.
Si le ton reste dramatique pour certaines situations, l’humour est très présent, un humour souvent décapant. Par exemple, il fait dire à son héroïne qu’il lui avait toujours été difficile de faire la différence entre chasseur et alcoolique.
Avec un dénouement tendu, ce roman offre une lecture passionnante, illustrant à merveille nombre de situations très actuelles. Ses personnages sont attachants et une ultime révélation laisse penser que l’on pourrait retrouver, avec grand plaisir, le couple Tandy-Sallers.
serge perraud
Denis Dommel, « Morts à l’appel », L’aube, coll. L’aube noire, avril 2026, 288 p. – 18,90 €.