‘Fane & Didier Cassegrain, Goetz
L’Homme n’apprendra jamais rien de ses erreurs…
En préambule, un narrateur, un dieu, se désole de l’espèce humaine qui ne cesse de les accuser d’être les instigateurs des maux qui l’affectent. Or, elle seule en est responsable. De plus, elle va jusqu’à oublier les dieux.
Une colonie humaine a délaissé une Terre devenue exsangue et s’installe sur Elda Galdae pour un nouveau départ. C’est un monde jeune et vierge que les dieux viennent de faire naître. Des peuplades y vivent en harmonie avec leur environnement. Les terriens apportent avec eux le meilleur, certes, mais surtout le pire.
Trente ans passent. Et, dans ce monde trop petit pour deux, les natifs se soulèvent autour d’un Erlendur se disant le Roi des Rois. C’est ainsi que se dresse Goetz, un guerrier redoutable qui se fait appeler le Bâtard, qui se nourrit de la peur qu’il suscite et de la haine…
C’est son parcours que raconte le scénario concocté par ‘Fane, librement inspiré d’une pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre – « Le Diable et le Bon Dieu » – jouée pour la première fois en 1951. L’Auteur professe l’existentialisme, une pensée philosophique qui considère que l’être humain forme l’essence de sa vie par ses propres actions. Celles-ci ne sont pas prédéterminées par des doctrines théologiques, philosophiques ou morales. De plus, il a l’athéisme chevillé au corps. Il installe ces deux courants de pensées dans sa pièce de théâtre.
Le scénario décale le cadre, quittant l’Allemagne du XVIe siècle pour se projeter sur une nouvelle planète mais suit l’essentiel des idées émises. Il prête aux humains, l’invention des dieux pour justifier leurs actes. C’est ainsi que Goetz tutoie une ravissante déesse.
C’est une belle galerie de protagonistes qui se déploie pour faire vivre le récit tant du côté des humains que du côté des natifs. Parmi les premiers, il faut retenir Heinrich, un médecin, qui joue un rôle important. C’est aussi le cas de Catherine, une terrienne que Goetz va réduire en esclavage. et le Bâtard, bien sûr, un chef tribal autoproclamé, manipulateur et habité par une rage quasi mystique. Il incarne la résistance, mais aussi la barbarie. Les terriens et leur colonie sont présentés comme une société imbue de sa supériorité morale et technologique, mais incapable de rompre avec ses réflexes impérialistes. Les peuples autochtones, eux, sont les victimes d’un système colonial qui les écrase, mais aussi les acteurs d’une révolte qui se radicalise.
La conquête du territoire se heurte donc à la résistance des indigènes. Les terriens, pour se « défendre » n’hésitent pas à déclencher un génocide en répandant, à l’aide de leur technologie, un agent toxique. Le scénario, bien que concocté depuis quelques années par ‘Fane, retrouve une actualité brûlante comme celle du Moyen-Orient.
Didier Cassegrain, s’il participe à la mise en scène avec le scénariste, assure le dessin et la couleur. Son style remarquable fait merveille. Il met en avant les sentiments des protagonistes, faisant passer par leurs regards nombre d’émotions et de sensations. Les discussions et les actions toniques, comme les combats, sont mis en images avec puissance et tension.
Avec Goetz, ’Fane et Cassegrain livrent une histoire forte, presque dérangeante tant elle met en avant les erreurs humaines qui ne cessent de se reproduire, encore et encore, sous l’impulsion de criminels.
serge perraud
‘Fane (scénario et mise en scène) & Didier Cassegrain (mise en scène, dessin et couleur), « Goetz », Glénat, Label Comix Buro, mai 2026, 184 p. – 29,00 €.