Loup Ange
Quand le langage devient forme fluide, cela s’oublie tant il coule sans trop s’arrêter. Fuite d’inspiration peut-être ? Mais non, car les mots infusent parfois en n’ouvrant pas l’écluse. Dans la comptine « Loup, y es-tu ? », l’auteur ancien et inconnu déploie et étale son intelligence en rien artificielle mais non sans artifices. Une telle faculté ceinture toute idée là où dans cette formule un certain orgueil s’intéresse bien peu à la viande à croquer.
L’importance reste le bien-fondé de ce qu’un auteur pense. Il impose l’esprit au corps. Tout se dit là de manière ceinturée et imagée. D’où le travail de l’auteur – mais non de lui-même car il n’est pas le loup. Du moins pas encore. Sous prétexte de fantaisie, l’énoncé feint la profondeur. C‘est une façon de cultiver un certain tire-larigot pour passer du signifiant au signifié. L’effet tenant à la cause, un tel auteur semble phagocyter la raison. Il soutient là non une seulement une forme de son logos mais une sorte de fable pour souligner la nature humaine et ses appétits.
jean-paul gavard-perret
Photo : Richard Avedon