Sylvain Runberg, Olivier Truc & Julien Carette, Les Exilés de Mosseheim – t.02 : « Seul compte le silence »

Sylvain Runberg, Olivier Truc & Julien Carette, Les Exilés de Mosseheim – t.02 : « Seul compte le silence »

Les scénaristes prennent, comme point de départ de leur histoire, un attentat-suicide qui frappe la centrale nucléaire en Alsace. La catastrophe est sans précédent. Cinq millions de personnes sont contraintes de fuir. La Suède installe dans l’urgence des camps d’accueil. C’est le parcours de la famille Murrat de Mulhouse prise dans la tourmente, entouré de quelques protagonistes représentatifs. En quelques heures, le quotidien bascule et ils doivent s’adapter à un univers où tous leurs repères ont disparu.
Sandra décède, victime des radiations, laissant Christophe, son époux, totalement démuni. Ses enfants, Louis et Thibaud se réfugient dans la colère et le déni. Mais Christophe se fait le serment de trouver les coupables, les assassins qui ont tué son épouse. Mais…

Avec cette base assez brutale, Sylvain Runberg et Olivier Truc mènent, à travers une histoire musclée, une réflexion approfondie sur les fragilités de nos sociétés, sur les dérives politiques, sur l’expression des tensions sociales. Ils introduisent une forte tension avec les conditions d’existence en camps, avec des protagonistes qui, pour avoir le fin mot de l’histoire, sont en grand danger ou en quête de vengeance, soumis à des risques de radiations.
Avec ce récit, ce sont des situations contemporaines mises au cœur d’un quotidien que l’on pense relativement protégé. C’est la terrible expérience de la migration, de la menace terroriste d’une telle ampleur, de la gestion des catastrophes. Et la manipulation de l’information par les États, par les médias, s’invite dans la ronde.
Le camp de réfugiés devient l’image d’une Europe déboussolée où s’expriment ouvertement les rancœurs jamais éteintes, les luttes identitaires et la peur, la peur de l’autre. Cela débouche sur des rivalités entre migrants, des tensions familiales et des manigances politiques.

Julien Carette réalise dessin et couleurs. Il propose un graphisme efficace grâce à une belle sobriété. Il opte pour une mise en scène et une mise en images de facture classique, renforçant ainsi un récit qui tend vers le documentaire. Les couleurs assez neutres, presque mornes, renforcent l’atmosphère qui règne dans le cantonnement.

Avec un indéniable talent, les scénaristes installent une histoire qui mêle avec habilité l’anticipation et le thriller politique pour mieux illustrer comment un présent peut basculer en quelques minutes. La mise en images, intensifiant l’ambiance, sert avantageusement le récit.

Sylvain Runberg & Olivier Truc (scénario), Julien Carette (dessin et couleurs), Les Exilés de Mosseheim – t.02 : Seul compte le silence, Dupuis, coll. Grand public, août 2025, 88 p. – 21,95 €.

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