Hélène Vecchiali (La Déconstruction des hommes – Une fausse bonne idée), sœur de ses rêves – entretien
Hélène Vecchiali écrit comme on caresse une blessure : lentement, avec soin, et avec la conscience intime que le plaisir n’est jamais séparé de la douleur. Dans ses labyrinthes, l’eros a le parfum de l’attente. Et ses mots, comme des corps, séduisent davantage lorsqu’ils refusent de se laisser prendre facilement. Essayiste, elle relie ici la psychanalyse et son regard sur les hommes. Son écriture est d’un fluide accompli qui oscille – et ce, avec les mots pour dire le transfert de la souffrance à la clarté.
Dans son dernier livre, elle a choisi le mot « déconstruction » pour le tordre mais aussi pour souligner le renversement de certitudes et d’évidences. Partant du champ de ses expériences personnelles, elle ouvre une traversée des hommes et des femmes à la recherche de leurs racines et de leurs nouveaux feuillages et branches dans son style aussi poétique que discursif sous forme d’audace et de lucidité.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La gratitude d’être en vie, le bonheur d’être certaine de savourer de l’affection, de la tendresse, des sourires, des échanges, la joie de savoir que je vais faire de nouvelles expériences et fortifier des anciennes.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je n’avais pas beaucoup de rêves lorsque j’étais petite. Puis en grandissant, j’ai eu le désir d’avoir des enfants, et c’est seulement pendant et après mon travail analytique que j’ai commencé à avoir des rêves relationnels, professionnels, et de très nombreux rêves créatifs.
A quoi avez-vous renoncé ?
J’ai renoncé, fort heureusement, à être tranchée, radicale, j’ai adopté les nuances…
D’où venez-vous ?
… de loin… On ne fait pas une psychanalyse par hasard. Je suis née vieille et je rajeunis au fil du temps !
Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
J’ai reçu la culture réunionnaise, un peu de culture corse, et de nombreuses valeurs comme l’honnêteté, la justice, la générosité, l’entraide, la dignité.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Le chocolat et… le chocolat.
Comment définissez-vous votre vision de la fission, confusion, etc. de la masculinité ?
C’est un vaste sujet ! Je dirais, pour tenter de faire court, qu’il est urgent que les hommes réalisent que la moitié de la population mondiale est en souffrance par leur faute. Aussi, entre obéir collectivement, comme un fils, aux ordres insensés du patriarcat, ou obéir collectivement, toujours comme un fils, aux ordres plus compréhensibles du matriarcat, il existe une troisième voie individuelle, cette fois : devenir un « homme initié ». Une incroyable gageure ?
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Sur ce thème du masculin, Sandrine Rousseau à la télévision qui se dit heureuse d’avoir un homme « déconstruit » chez elle et moi qui compatis pour ce compagnon et qui décide l’écriture de mon dernier livre.
Et votre première lecture ?
Des « Ciné-mondes » et des « Ciné-revues » dès quatre ans : mon oncle Paul Vecchiali était cinéaste acharné et enthousiaste !
Quelles musiques écoutez-vous ?
Toutes sortes de musique : classique, jazz, musique réunionnaise, et chansons. Je suis toujours émerveillée par les chansons qui parviennent en 2’35 à allier poésie, mélodie et éclats de vie.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies » de Christiane Singer. Bienveillance, amour, respect, bon sens, tendresse, sensibilité, sont omniprésents, et avec une liberté dans le style qui m’a inspirée.
Quel film vous fait pleurer ?
« Will hunting » film de 1997, de Gus Van Sant, avec Matt Damon, Robin Williams et Ben Affleck. La scène où Robin Williams (le psy) répète à son jeune patient (Matt Damon) : « c’est pas ta faute », me prend aux tripes à chaque fois.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une personne que j’aime maintenant.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A Dieu pour lui demander quelques explications.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La plage de Pellegrin, dans le Var. C’était, il y a longtemps, un endroit difficilement accessible et préservé du tourisme. J’y ai des souvenirs d’une grande pureté.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez la plus proche ?
Il y en a énormément, je vais devoir élaguer : Matisse, David Hockney, Irvin Yalom, Racine, Anouilh, Alice Miller, Brassens, Brel…
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Je voudrais recevoir le don de rendre les gens heureux et fraternels. Je suis née un 14 février, ceci explique sans doute cela !
Que défendez-vous ?
La bonne foi. C’est certainement à la base de toutes relations saines avec soi et avec les autres.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Très belle formule, profondément cynique. Heureusement que l’inverse est vrai. Cependant, il faut garder à l’esprit que l’on ne sait pas tout de soi, aussi il faut être vigilant lorsque sa part d’ombre rencontre celle de l’autre. D’où la nécessaire bonne foi.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
C’est exactement ce que j’ai fait avec ce questionnaire !
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Quelle est le mot de la langue française que vous aimez ? J’aurais répondu « encore ».
Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret, pour l elitteraire;com, le 1er septembre 2025.