Après le tulle et trois mousses : que taire ?
Adepte du macramé, elle garde pour ouvrage de chevet le « Larousse ménager illustré » de 1926. Elle le préfère aux itinéraires spirituels de Saintes qui voient nu Dieu le fils sur sa croix. Mais ses recettes, démarches, méthodes, remèdes, conseils risquent d’en cramer plus d’une. Elle lit aussi du Rabelais dont les scènes lestes l’excitent mais ne néglige jamais la propreté du ménage. Couturière, elle façonne des fruits défendus, phalliques, étranges, pénétrants. Mais non sans un nécessaire cynisme, elle joue la romantique et inonde à l’eau de rosses des dunes émouvantes de la carte du Tendre.
Défendant ses poils aux jambes, elle jardine d’étranges jardins des délices dont les plantes ressemblent à de beaux brins de filles qui provoquent errances et interrogations. Dans sa maison en T, les murs sont désormais poncés et en guise de tulle blanc. Il ne s’agit pas d’admirer les dentelles du monde mais ce qui s’y cache alors « Chaux devant ! ». Ses Guinness étant bon marché, parfois titubante, une telle voisine se met à chanter pompette. Mais sur ses lèvres reste du rouge Baiser. Et quand je frappe pour le badigeonnage : « Entre », dit-elle. Agitant du pinceau, mon corps peut plier.
jean-paul gavard-perret
Photo François Gragnon