Léviathan (Lorraine de Sagazan / Guillaume Poix)
Dissonances procédurières
© Simon Gosselin
Dans une salle baignée de lumière tamisée, garnie de tentures façon bonbonnière, au son d’une musique électronique bruissante, puis assourdissante, des personnages considèrent le dispositif, saluent la présence de public. Un homme assis décrit l’allégorie de la justice ; sans masque et sans costume, il affiche une position d’extériorité qui lui autorise des remarques acerbes sur les procédures judiciaires. Certaines sont le résultat de la plainte du Ministère public, qui juge nécessaire, même en l’absence de dépôt de plainte, pour réaliser sa mission de protection de la société, de poursuivre les personnes soupçonnées du forfait. Les attitudes surjouées des protagonistes des jugements en comparution immédiate montrent un tribunal caricatural, n’ayant de l’équité que le verbe, l’allégation usurpée.
La mise en perspective des audiences dans l’économie de la justice donne une facture théorique au spectacle. Les procédures et les jugements sont saturés par une sureffectuation exubérante. Des personnages, les verdicts, des extraits filmés sont projetés en fond de scène. La vidéo montrant l’arrivée en prison fait apparaître une forme d’accueil humain que le tribunal n’a pas produit. Des effets sonores et visuels montrent l’instrumentation des prévenus, leur soumission à un rituel qui leur échappe et les torture : on les voit noyés, ployés, broyés. Un cheval apparaît, semblant venir tranquillement suivre les audiences ; son incongruité interroge notre degré de conscience des instances régulatrices de notre société.
Le regard dissonant des gens, les silences prolongés, l’éclairage des coulisses, les mouvements de l’animal sur scène invitent à mettre en relief, à distance, les mascarades auxquelles on vient d’assister. Le spectacle est discutable, et par là-même intéressant : représentation théorique, il n’est sans doute pas assez narratif, trop conceptuel, mais aussi bien, inversement, trop descriptif, insuffisamment démonstratif.
christophe giolito
Léviathan
conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
texte de Guillaume Poix inspiré de faits réels
avec Khallaf Baraho, Jeanne Favre, Felipe Fonseca Nobre, Jisca Kalvanda, Antonin Meyer-Esquerré, Mathieu Perotto, Victoria Quesnel, Eric Verdin et le cheval Oasis
Dramaturgie Agathe Charnet, Julien Vella ; assistanat à la mise en scène Antoine Hirel ; scénographie Anouk Maugein, assistée de Valentine Lê ; lumières Claire Gondrexon, assistée d’Amandine Robert ; conception et création costumes Anna Carraud, assistée de Marnie Langlois, Mirabelle Perot ; création vidéo Jérémie Bernaert ; création son Lucas Lelièvre, assisté de Camille Vitté ; musique comparution chantée Pierre-Yves Macé ; chorégraphie Anna Chirescu ; masques Loïc Nebrada ; perruques Mytil Brimeur ; mise en espace cheval Thomas Chaussebourg ; travail vocal Juliette de Massy ; musique enregistrée interprétée par Silvia Tarozzi (violon), Maitane Sebastián (violoncelle) ; travail masques Lucie Valon.
Au Théâtre de l’Odéon Ateliers Berthier 1, rue André Suarès 75017 Paris,
du 2 au 23 mai, durée 1h45, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h,
relâches les lundis et les dimanches 11 et 18 mai,
représentations surtitrées en anglais les vendredis 2, 9, 16, 23 mai.
location +33 1 44 85 40 40 https://www.theatre-odeon.eu/fr/leviathan-24-25
Créé le 15 juillet 2024 au Festival d’Avignon. Production La Brèche, La Comédie de SaintÉtienne – Centre dramatique national coproduction Odéon-Théâtre de l’Europe, Théâtre Gérard Philipe – centre dramatique national de Saint-Denis, Académie de France à Rome – Villa Médicis, ThéâtredelaCité – centre dramatique national Toulouse Occitanie, Comédie de Reims – centre dramatique national, Comédie de Béthune, Théâtre Dijon-Bourgogne – centre dramatique national, Festival d’Avignon, Théâtre national de Bretagne, La Passerelle – scène nationale de Saint-Brieuc, Théâtre du Beauvaisis, L’Azimut Antony – Châtenay-Malabry, Centre dramatique national de Normandie-Rouen, Scène nationale 61 (Alençon, Flers, Mortagne) avec le soutien artistique du Jeune théâtre national action soutenue par la région Île-de-France accueil en résidence Centre dramatique national de Normandie-Rouen, MC93 – maison de la Culture de Seine-SaintDenis à Bobigny, le Centquatre – Paris, ThéâtredelaCité – centre dramatique national Toulouse Occitanie, Comédie de Valence la compagnie La Brèche est conventionnée par le ministère de la culture – Île-de-France avec le soutien du Cercle de l’Odéon Guillaume Poix, Léviathan (matériau) « Fragments et inédits du spectacle conçu et mis en scène par Lorraine de Sagazan », éditions Théâtrales, 2024 Tournée 7 juin 2025 – Klaipedos Dramos Teatras (Lituanie) 2025/2026 La Criée – Théâtre national de Marseille, Théâtre Dijon-Bourgogne, Palais des Beaux-Arts de Charleroi (Belgique), Théâtre du Beauvais, L’Espal – scène nationale du Mans, Comédie de Béthune, Comédie de Clermont-Ferrand