Jean-Paul Gavard-Perret, Texticules
L’inspiration est une farce
Le résumé de l’éditeur explicite la démarche l’auteur en mettant en exergue ses termes mêmes : « J’appelle ces courtes proses disparates chargées d’anomalies, elles me laissent perplexe. Tout cela aurait un sens, mais lequel ? Sensuel pour avancer dans l’obscur, à la recherche d’un inconnu qui s’obstine à demeurer clos. Mais, prêtez-leur attention : elles s’empareront de vous. C’est à craindre, mais ce n’est pas sûr. Bénis soient vos élans les plus intimes ! Quant aux mots pour mieux répondre aux questions posées, ils scrutent, sur veillent, fouillent dans tous les plis des lobes qui nous hantent. Chaque question est maîtresse de tout, mais les réponses (forcément ratées) ne signalent pas la vérité ; toutefois, multiple et une, avec l’éclat d’apostasie d’une papesse, je certifie deux hypothèses absolues : la mémoire de l’amour et la longueur d’une robe. »
« Devons-nous nous résigner à accepter la sale langue qui nous entoure et qui règne ? », écrit Jean-Paul Gavard-Perret dans son dernier livre Texticules. « La vérité est toujours ultime ou pénultième“ et ”l’inspiration est une farce »… La poésie est l’exil. Finissent même ceux qui en furent les victimes – de Musil à Artaud. Elle n’ est désormais nulle part. N’importe où….” (“Mal vue, mal dite (Où est la poésie ?) ) .
» Là quand ? Gourou, ton psychanalyste te dit : « Je n’existe pas », parce que “Je” est un autre. Mais tu restes comme Thym-Thym sur la lune ou en mille houx… » (« C. Anse (Pourquoi la psychanalyse ? »)
Que choisir parmi ces “courtes proses” parues à l’origine au fil des semaines dans la rubrique « Inclassables » de lelitteraire.com qui, Jean-Paul Gavard Perret a raison, s’emparent de vous si vous leur prêtez attention ? Celle-là, peut-être sur laquelle se termine presque le recueil : « Des pressions. Elle entrouvre son corset pour respirer, dévoilant sa poitrine, et porte un pendentif à perle gourmande sur son cou. Il pleut, il mouille. J’écoute les gouttes tomber sur ses seins, ses pas réguliers tambourinent sur le sol. Cette musique raconte une histoire. Une histoire de pluie. Et d’amour. Une telle femme est vivante et de la nature animée. Il ne faut pas se mettre sous un arbre avec elle quand il pleut. Mais j’adore le faire. Je la protège de mon feuillage. »
marie paule farina
Jean-Paul Gavard-Perret, Texticules, Constellations, novembre 2024, 140 p. – 13,00 €.