Anne Talvaz, Posséder sa clé propre

Anne Talvaz, Posséder sa clé propre

Prendre l’air

Pour prendre l’air, le vers chez Anne Talvaz est une maladie. Le fonctionnement du corps intervient dans la production du sens et du rythme qui surgit par interruption. Mais nous pouvons affirmer tout autant que ses vers sont ce qui se produit à chaque fois que le corps entrave le trajet de la langue : elle trébuche – mais habilement – sur le corps. Bref, chaque poème montre que l’histoire du dehors et du dedans se sépare grâce à la clé qu’il faut posséder.

Une telle poésie trouve cette clé par ces vers ne possèdent pas le moindre défaut. Pourquoi alors la récupérer ? Pour liquider un passé dont je voudrais bien ne plus rougir ? Entre autres. Même si, à défaut de clé, le texte aurait pu la brûler ou au moins la laisser perdue sans pouvoir enclencher de la main le mécanisme étranger de la serrure.

Mais il lui est difficile de refaire le travail de mémoire en ne voulant pas trop contaminer un état d’esprit par un autre, mobile, morbide, avec lequel il n’a rien de commun. En conséquence, l’écrivaine se reconnaît partagée entre ce qui fut naguère et ce qui peut devenir. Si bien que la clé est une cicatrice : ouvrant, elle referme aussi. Dans sa main, la clé est transformée en instrument servile.

jean-paul gavard-perret

Anne Talvaz, Posséder sa clé propre, Éditions L’Harmattan, collection Accent tonique/Poésie, 20 juin 2024 – 12,00 €.

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