Jean-Pierre Théolier, Résidence

Un roman monstre — ou mons­trueux ? — à la fois par son sujet et son écri­ture, poi­gnante autant que déstabilisante…

Où l’on suit les tri­bu­la­tions d’une bande de — plus ou moins joyeux — lurons, en fla­grant délit de manque d’amour, et la plu­part accros à des sub­stances pas tou­jours licites. Confron­tés à la Peur, au Mal ou encore à la Mort, ils bas­culent peu à peu dans la dépres­sion, la schi­zo­phré­nie, la para­noïa, l’inexorable soli­tude des âmes bles­sées qui mène à l’adoption d’une atti­tude pour le moins des­truc­trice, sinon sui­ci­daire. Consé­quence de la trop grande fré­quen­ta­tion de la Mai­son Ber­gamme — lieu mau­dit — dont la pro­prié­taire, jeune femme du même nom, a hérité de ses ancêtres. Syl­vain Rabeau, devenu pré­sence 58 post mor­tem, archi­tecte de son vivant et créa­teur de la demeure, se voit confier dans une autre dimen­sion, celle du Prince — qui n’est autre que Satan — la mise à mort de Sedan et Flo­rence Ber­gamme, tous deux proches de la décou­verte de l’origine du Mal.

Roman monstre comme disent les édi­teurs. Plu­tôt “streu­mon” comme dirait Sedan le défai­tiste, l’amphétaminomane, Sedan le phi­lo­sophe de comp­toir, prin­ci­pal pro­ta­go­niste et double fic­tif de l’auteur de ce pre­mier roman. Streu­mon, parce que sou­vent incom­pré­hen­sible pour le mal­heu­reux qui­dam qui n’a pas le loi­sir d’associer sa lec­ture à un judi­cieux cock­tail d’anorexigènes et [de] cal­mants, pour les des­centes.

Car c’est un véri­table trip que ce roman. Une des­cente aux enfers qu’il est, la plu­part du temps, dif­fi­cile sinon impos­sible de par­ta­ger avec l’auteur, tant ce der­nier se sou­cie peu de la clarté de ses pro­pos. Quel dom­mage, car Jean-Pierre Théo­lier, pour thème de son pre­mier roman, a choisi les affres de la soli­tude qui nous dévore. Thème sca­breux par son évi­dence mais qui, mieux manié, plus concis, aurait pu mener à un véri­table feu d’artifice de sen­ti­ments, d’émotions — assez peu expli­cites en l’occurrence — certes tirant plus vers la mélan­co­lie et le déses­poir que vers une extase sans bornes, mais tel­le­ment plus riche d’enseignements, tel­le­ment plus objec­tif. Car mal­gré tout, Jean-Pierre Théo­lier touche à des points sen­sibles, et c’est peut-être pour mieux nous désta­bi­li­ser, nous sen­si­bi­li­ser, qu’il nous livre une écri­ture si dif­fi­cile d’accès. Peut-être aussi est-ce, tout sim­ple­ment, pour tes­ter notre per­sé­vé­rance, comme, mieux que qui­conque, savent le faire ceux qui doutent.

louis taillan­dier

Jean-Pierre Théo­lier, Rési­dence, Calmann-Lévy, 2004, 600 p. 20 €.

1 Comment

Filed under Romans

One Response to Jean-Pierre Théolier, Résidence

  1. Angevain

    Je connais Jean-Pierre et je confirme qu’il place ses disques durs dans un four à micro-ondes dans le coffre de sa voi­ture, désor­mais ! :-)

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