Zidrou & Paul Salomone, Celle qui fit le bonheur des insectes
Une histoire tendre et terrible
L’histoire, proche d’un conte des mille et une nuits, est construite en quatre actes et un prologue.
Le prologue évoque les oiseaux, ceux qui migrent vers le soleil, vers la lune, donnant une explication à la couleur blanche du satellite de la Terre.
Shikhara est la reine du royaume de Shandramabad depuis 15 ou 16 ans. Elle ne sait plus. Est-ce qu’on compte les années de bonheur ? Son peuple l’a surnommée Celle-qui-apaisa-la-colère-des-dieux. Il y a trois lustres, son époux est mort dans un accident de chasse, la laissant enceinte. Elle accouche de jumeaux, Jalna une fille et Gorakh un garçon. C’est à eux qu’elle raconte le conte du prologue.
Parce qu’ils aiment les oiseaux, elle en offre un à chacun. Si Jalna lui joue de la musique, Gorakh observe le sien. Voulant étudier son vol, il l’attache à un long ruban de soie. Mais l’oiseau casse le lien et s’envole par la fenêtre. Pour le rattraper il plonge, ne peut prendre que deux plumes de la queue et s’écrase au pied du palais.
Folle de chagrin, la reine mobilise son armée pour tuer tous les oiseaux du royaume…
Zidrou aborde avec le même bonheur tous les registres littéraires. Il passe allègrement de la comédie débridée à la chronique familiale, d’une ambiance douce-amère au policier ou au thriller. Avec le présent album, il propose un récit où il mêle romantisme et tragédie. Il retient un décor orientaliste, un royaume que l’on pourrait situer au nord de l’Inde où une femme détient le pouvoir.
L’histoire est portée par cette reine qui transmet son amour pour les oiseaux à ses jumeaux. Le bonheur est de mise et le malheur n’est que passager. La mort du prince est vite compensée par l’arrivée des enfants. Mais, quand un accident vient rompre cette harmonie, le pouvoir détenu permet tous les excès.
Zidrou donne les réactions de deux femmes qui ne se trouvent pas impactées de la même manière par le deuil, l’une s’enfonçant dans la vengeance, l’autre tournée vers la recherche d’un nouveau bonheur. Avec ces deux héroïnes, le scénariste explore les façons de faire face aux chocs émotionnels. Et c’est remarquablement bien restitué en s’autorisant quelques touches d’humour bienvenues.
Les dessins et couleurs ont été confié à Paul Salomone. Cet artiste avait déjà retenu l’attention avec L’homme qui n’aimait pas les armes à feu (Delcourt – 4 tomes). Il a, par ailleurs, signé un remarquable Des plumes & elle, un bel hommage aux danseuses de cabaret (Delcourt- 2018).
C’est avec un graphisme de la même veine qu’il illustre le présent récit. Il propose des planches étincelantes, des personnages tout en finesse et des décors particulièrement intéressants. C’est beau, chaleureux, dramatique et d’une forte sensualité.
Zidrou et Salomone donnent une histoire tendre et terrible, toute en émotions, portée par un graphisme flamboyant.
serge perraud
Zidrou (scénario) & Paul Salomone (dessins et couleurs), Celle qui fit le bonheur des insectes, Éditions Daniel Maghen, octobre 2022, 96 p. – 19,50 €.