Véronique Sablery, Le temps ralenti (exposition)

Véronique Sablery, Le temps ralenti (exposition)

Du réel, Véronique Sablery filtre et éclaire le temps, ses jours, ses saisons, sa précarité et son éternité. Tout est subtilement monté dans un ordre de la caresse en évitant tout effet ornemental. Le feutré, un minimalisme règnent et une sorte de « nudité » s’offre loin de son aspect brut mais par sa hantise. Tout est souligné par l’interstice, la biffure, le montage que crée l’artiste par des présences fragiles. Elles échappent au déclin en une apologie suggestive.

Magicienne par ses effets de ravissement, elle évite tout côté discursif par le suggestif. Le tout sans y toucher ou presque. La beauté reste de l’ordre de l’appel et de la sobriété dans divers états de déplacements et de camaïeux d’un bleu souvent doux. En conséquence, une telle exposition crée une rhétorique poétique à la recherche de meilleure formulation possible du temps. Certes, son sens échappe à beaucoup et vite mais la créatrice la bride avec une allusion captive et parfois presque érotique.

Effaçant la dureté de la réalité, la créatrice retient le temps et excorie ce qu’il charrie de miasmes. Jaillissent une pureté, un évanescence. L’Imaginaire fonctionne de manière paradoxale face aux abîmes et contre eux. Ici, le dynamisme toujours maîtrisé empêche de s’enfermer quelque part même si on ne part pas. Pour aller où d’ailleurs ? Mais si chacun connaît la fin de l’histoire même si les savants fous de la Silicone Valley tente d’en retarder l’échéance en oubliant de se demander pourquoi, Véronique Sablery invente un monde d’âmes, de corps, de renaissance à perpétuité. Pour preuve, elle hypnotise le temps, le ramène à une affaire d’images conçues d’espoir où chacune témoigne à la fois du peu et de sa précarité. Et se retrouve là une éternité.

jean-paul gavard-perret

Véronique Sablery, Le temps ralenti , Musée d’Angoulême, à partir du 4 juillet 2025.

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